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Portrait du mois : Catherine Benoît, anthropologue

Catherine BenoîtA l'approche de la Journée Mondiale du Sida, nous tenions à saluer le parcours de Catherine Benoît, anthropologue qui travaille depuis près de vingt ans sur des questions d'anthropologie médicale dans la Caraïbe. Le 1er décembre, elle animera une rencontre au Tarmac de la Villette dans le cadre de la manifestation organisée par le Collectif 2004 Images, 3 films/1 rencontre. Née à Lyon dans les années soixante, Catherine Benoît débute par des études d'archéologie (qu'elle poursuit à Paris) avant d'être interpellée par les évènements dramatiques qui touchent la Nouvelle-Calédonie dans les années 80. Elle s'interroge alors sur le statut des DOM-TOM, sur « ces territoires que la France dit posséder ». Mais voulant en savoir plus, elle se trouve rapidement confrontée à un isolement théorique : « Même à la Bibliothèque Nationale, il n'y avait pas de livres sur les sciences sociales de la Caraïbe » se souvient-t-elle. Un état de fait qui la pousse à faire un premier détour par les Etats-Unis en 1990 et plus précisément à l'Université de Berkeley (Californie) : « A l'époque, en France, on se contentait de rattacher la créolisation au métissage alors qu'aux Etats-Unis, on la plaçait déjà non seulement dans un contexte de domination mais aussi politique ».
Parmi ses professeurs, de grands chercheurs comme l'anthropologue américain Richard Price, spécialiste des cultures afro-américaines ou encore Brackette Williams.
De retour à Paris, elle entreprend de transmettre le savoir accumulé aux élèves de l'EHESS, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, où elle a elle-même obtenu son doctorat en anthropologie sociale et culturelle en 1990. Elle y enseignera de 1993 à 1997. Par la suite, elle trouve un poste à l'Université de la Réunion (1997) puis à l'Université des Antilles-Guyane (Guadeloupe, 1999-2000). Un parcours qui lui permet d'ores et déjà d'avoir « une vision élargie des sociétés créoles ».
Précisons par ailleurs que Catherine Benoît compte plus de dix ans d'études derrière elle et un curriculum vitae assez impressionnant : il fait juste... 18 pages !

Son intérêt croissant pour l'anthropologie médicale, c'est-à-dire l'étude du corps dans sa globalité en tenant compte aussi bien du contexte culturel que politique, aboutira à l'ouvrage Corps, Jardin, Mémoires : Anthropologie du corps et de l'espace à la Guadeloupe (Paris, CNRS Editions - Editions de la MSH, 2000). Dans ce livre, la jeune anthropologue met notamment en exergue la thèse selon laquelle pendant l'esclavage les jardins ont été des espaces privilégiés de créations, des espaces de cosmologie et qu'ils font pour ainsi dire partie intégrante de l'identité. Aujourd'hui, un autre ouvrage est en cours s'étendant cette fois-ci à toute la diaspora africaine. Son titre provisoire : La conquête des identités créoles.

Parallèlement, Catherine Benoît s'implique dès 1994 dans la recherche contre la drépanocytose (cette maladie génétique qui touche majoritairement les sujets noirs) et le Sida.
De 1995 à 1999, elle conduit pour l'ANRS (l'Agence Nationale de la recherche sur le Sida) une recherche sur les itinéraires thérapeutiques des personnes vivant avec le VIH/Sida à Saint-Martin (en particulier les personnes d'origine haïtienne) et travaille deux ans durant pour ONUSIDA/Haïti sur un projet de décentralisation des ARV (derniers traitements antirétroviraux contre le Sida) à l'ensemble du pays. Des études qui permettent de comprendre qu'au-delà des représentations culturelles d'autres facteurs bloquent l'accès aux soins. A Saint-Martin ce sont par exemple les politiques migratoires de l'état français qui font craindre aux étrangers en situation régulière, ou non, d'être reconduits à la frontière. En Haïti ce sont l'absence d'infrastruture sanitaire et l'absence de traitements. Elle insiste sur le fait que bien qu'il y ait des traditions ou, par exemple, du vodou en Haïti, la prise des ARV n'est en aucun cas contradictoire avec ces croyances : « la première chose à faire et de faciliter l'accès aux soins, d'avoir une compréhension globale... et de ce côté-là, il y a encore beaucoup à faire ! ».

Tout au long de son riche parcours Catherine Benoît anime de multiples conférences, écrit divers articles et collabore à de nombreuses parutions. Parmi elles, citons de façon non-exhaustive, Vivre avec le sida ou la drépanocytose : culture et géopolitique des itinéraires thérapeutiques des étrangers caribéens résidant à Saint-Martin (2004), Guadeloupe et Martinique, Religions africaines dérivées dans la Caraïbe (Encyclopédie des religions africaines et afro-américaines. New York: Routledge: 130-131 - 2001), D'un paradigme de la médecine hippocratique à une notion de personne créole : les conditions de la créolisation des savoirs sur le corps en Guadeloupe (Anales del Caribe, 19/20 - 2000) ou encore Contempler et guérir. Vodou, Art et Histoires en Haïti (Cahiers d'études africaines - 1997).

Quand Catherine ne dispense pas ses cours au Connecticut College (où elle enseigne depuis 2001), elle court les galeries d'art ou se consacre à la photo et à la sculpture, avec comme modèle le corps humain, « une autre manière de prendre conscience de ce qui nous tient debout » nous dit-elle mais par peur de « torturer le public » elle préfère pour le moment, garder ses créations artistiques pour elle.

Actuellement, l'anthropologue partage sa vie entre les Etats-Unis et la Caraïbe (elle était il y a encore trois semaines en Haïti), en passant quelques fois par l'hexagone mais dans l'immédiat, c'est en Californie, au Congrès annuel des anthropologues américains que Catherine Benoît se rendait aujourd'hui même. Il y sera question de la place de l'anthropologie dans la culture et la politique, un sujet qui lui tient à coeur. Puis dans quelques jours, comme prévu, nous la retrouverons au Tarmac de la Villette pour une rencontre autour du Sida. Elle se dit ravie de participer à cet événement, elle qui oeuvre depuis longtemps pour un désenclavement de la Caraïbe.
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