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D' de Kabal : « Jamais trop tard pour être conscient»

D' de Kabal jouera dans Vive la France, à partir du 4 fév. au Théâtre Gérard Philippe à Saint-Denis @ Karole GizolmeA l'occasion des nouveaux spectacles de D' de Kabal au Tarmac à partir du 17 mai 2011, nous republions ce portrait réalisé en 2008 dans la série Parcours caribéens.
Rappeur, co-fondateur du groupe Kabal qui a écumé les studios, les bacs et les scènes entre 1993 et 2000, comédien officiant dans le théâtre depuis 1999, slammeur depuis 2002, aujourd'hui membre du collectif Spoke Orkestra, auteur à lire sur papier depuis 2003... Si je devais me définir, je dirais que je me considère comme un chercheur, écrit D' de Kabal sur son site Internet - qu'il ne parvient d'ailleurs pas à mettre à jour, pour cause d'hyper activité. Il cherche à comprendre qui il est, lui, l'antillais né à Paris qui ne parle pas créole et apprend tard, mais pas trop tard, son histoire. Il s'en est sorti d'une enfance difficile, ne sait pas trop comment, «par magie peut-être», par les rencontres qui l'ont fondé certainement. Récit d'un parcours qui ne fait que débuter. En paroles, écrites et filmées.

D’ de Kabal passe vite sur son enfance, ne veut pas donner de détails. Parle vite. Juste une « période pas épargnée par la violence verbale, la violence physique, dans cette ville de Bobigny en région parisienne. Il grandit avec et son frère (demi) et sa mère. Une relation difficile qui lui servira de matière dans ses textes. A 9 ans,  il part en vacances aux Antilles, « rien de particulier,  juste le lieu où se trouve la famille », avec aucun adulte pour lui expliquer, répondre à ses questionnements, un miroir à ses émotions floues à cette époque. Il intériorise tout. A 11 ans, il fugue, « normal ». Cela a duré une journée. A cet âge là aussi, il passe des nuits à écouter de la musique.

Moment magique,  première cassette et walk-man sur les oreilles, à déambuler dans les rues vides et froides, avec ce son et ces paroles qui le pénètrent. Album de Prince. La musique lui fait du bien et le soustrait au réel. Au quotidien pas si simple, aux problèmes immédiats, aux repas pas bien copieux tous les soirs, aux seules envies de ses copains de survet’ et de paires de chaussures.  Et l’école,  où il découvre que l’on peut écrire des « histoires qui n’existent pas »  et se fait son premier argent de poche en écrivant des rédactions pour les grands. 5 francs pièce. Les profs finissent par reconnaître son style mais laissent faire.

A 16 ans, celui qui se fait appeler D’ de Kabal aujourd’hui découvre le rapp en 90 avec la compilation « Rapp attitude » et plus tard à l’Olympia en 1993 les groupes  NTM et  Assassin, leurs « discours politisés, uniques » plus poétiques et métaphoriques que les groupes qu’il écoute en direct sur radio Nova tous les dimanches.

Commencent les rencontres déterminantes. Professeur K., un musicien qui a son propre studio à Meudon. L’adolescent en fera son père d’adoption. Professeur K. est italo-russe, franco-cubain et son parrain s’appelle Edouard Glissant. Mais D’ de Kabal ne veut rien entendre et lui laisse entendre « tu sais, moi, je suis pas dans ces histoires de noir, blanc, je suis un mec de Bobigny, c’est tout. »

Il y repense ajourd’hui en souriant  et commente : « je ne savais pas que c’était si compliqué. Professeur K. ne m'a rien répondu, il m’a laissé venir. Il m’a fallu 6 ans. J’ai rencontré Mohamed Rouabhi, metteur en scène, qui me demande de préparer un texte sur ce que c’est que d’être antillais … Et là, je lis, en particulier « Tracées antillaises et continentales de la littérature » de Patrick Chamoiseau avec Raphaël Confiant. Je prends une claque.  Je me rends compte qu’être antillais c’est un socle, une culture, une langue faites de multiples apports, une histoire, des spécificités. Ma première révolution intérieure.

J’écris le texte « Kréol », repris dans le documentaire « L’avenir est ailleurs  » d'Antoine Leonard-Maestrati.  Kréol décline ce que c’est que d’être antillais en France.


Sa deuxième révolution démarre avec l’embryon que porte sa compagne. Durant 9 mois, un « raz de marée intérieur » lui remonte une foultitude de questions sans réponses. « Pourquoi je ne connais pas mon grand-père ? Que vais-je transmettre à mon enfant ? » Il creuse, il creuse pour savoir, «  car je n’ai pas le choix ». Depuis l’âge de 11 ans, où la médecine lui avait diagnostiqué un ulcère à l’estomac, il avait appris, de force, à gérer le stress considéré à l’époque comme cause de l’ulcère. Il médite, ralentit le rythme de sa vie, se pose, réfléchit.

Réfléchir devient pour lui un besoin pour se construire et pour contrecarrer l'actuel «rapport marchand aux mots, aux idées». Quand les institutions politiques lancent, par exemple,  le concept de diversité culturelle, il y voit « un sac vide …  il faut donner des éléments aux gens pour le remplir, lui donner un sens. » D’de Kabal remplit donc son sac de tous les débats, les échanges, les lectures, les musiques, de toutes les rencontres qui le construisent, donnent un sens à sa vie et aux paroles qu’il écrit.

Karole Gizolme

Actualité de D'de Kabal

- 17 mai 2011 au Tarmac, festival Outres-merveilles
- les 3, 4 et 5 mars  joue dans "Vive la France 2" de Mohamed Rouahbi au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis (93)
- les 17, 18, et 19 avril 08 avec le spectacle Ecorces de peine Théâtre municipal de Fort-de-France, un spectacle présenté au Tarmac de la Villette que nous avons vu .



Liens

  • L’avenir est ailleurs, documentaire sur le BUMIDOM, programme d'aide au voyage de travailleurs des Antilles françaises vers la France dans les années 60. Réalisation : Antoine Leonard-Maestrati - 2007
  • respectmag.fr, site du magazine qui veut être le refler d'un société bien décidée à assumer sa diversité, à dépasser les clivages et avancer.


Ressources
Lettres créoles. Tracées antillaises et continentales de la littérature: Haiti, Guadeloupe, Martinique, Guyane: 1635-1975.  (avec Raphaël Confiant ) Paris: Hatier, 1991.
Patrick Chamoiseau sur le site Ile en Ile.

D' de Kabal : « Jamais trop tard pour être conscient» est un portrait réalisé dans la série «Portraits caribéens» de Gens de la Caraïbe soutenue par L'Acsé.

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