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2006 : archives manif.

La Forêt des Mânes au cloître des Récollets pendant un an

Vue aérienne de la Forêt des MânesLa Forêt des Mânes de Lea de Saint Julien continue son chemin et réinstalle son projet  pendant un an dans le cloître des Récollets - 148, rue du Faubourg Saint Martin - 75010 Paris. Retour sur une forêt qui s'est enraciné quelques mois au Jardin du Luxembourg.

Cette arche végétale de bambous flottant sur du gravier bleu outremer est avant tout l’arche de la résilience, la transcendance de la douleur par la création. D’Est en Ouest en suivant la course du soleil, le vent transforme la haine en lumière.

Triangles et losanges de métal, cercles de miroirs, grelots, bouts de verre sculptés par la mer et ramassés patiemment toute sa vie par Jeanne, ma grand-mère bretonne, le long des grèves de Bretagne, de Marie-Galante et de Guadeloupe, sont accrochés au bout de chaumes de bambous de plus de 15 mètres de haut. Ils sont là comme des pendules renvoyant des éclairs de lumière, faisant circuler les énergies régénératrices de l’astre solaire au coeur de l’Installation.

Ils s’alternent avec des mobiles en feuilles de palmes séchées, tressées, et vernies. Ils sont comme des boucles d’oreilles géantes à l’écoute de vos voeux les plus secrets... Ils sont utilisés originellement à Bali comme des balises, elles aussi accrochées au bout des bambous plantés le long des routes et chemins traversant les villages pour chaque cérémonie rituelle nécessitant le renouvellement des énergies protectrices et bienfaitrices. Les bambous sont posés là comme des poteaux mitans, à mi-chemin des Esprits et des Hommes.

Des carillons éoliens murmurent la complainte des forêts décimées par l’Homme. Ils chantent les nécessités d’une renaissance et donnent la volonté de résister à la destruction, de planter des graines de lumière...

Des portraits photographiques, émanations d’hommes, de femmes et d’enfants flottent entre les bambous vivants et se confondent avec le ciel et les nuages. Regards, postures en suspension – intemporels - morts ou encore en vie. Ils sont anonymes pour les passants. Ils sont ma famille, celle du sang et du coeur qui bat, au gré des rencontres d’Est en Ouest, du Nord au Sud de cette planète – Terre – où les humains peuvent aussi être autre chose que des prédateurs – destructeurs.

J’ai voulu créer un lieu, un endroit où l’humain va à la rencontre de son humanité.

« On peut te montrer le chemin, mais c’est toi qui prendra le chemin... » dit souvent ma grand mère africaine, reine mami wata, manman dlo. Affi YéYé, femme sublime, sereine, généreuse et forte m’a donné un trousseau de clefs qui ouvre petit à petit les portes de l’invisible...

Ces hommes, ces femmes et ces enfants viennent à vous depuis l’Afrique, l’Inde, les Caraïbes, la Bretagne et vous écoutent.

Deux chiens veillent, chasseurs de Démons toujours actifs. Ils nous protègent. L’un deux est béninois, il vient de Porto Novo. Il appartient au Roi des Egougouns, le Roi des Morts. L’autre vient de Bali. Nous l’avons rencontré – par hasard- sur la route qui nous emmenait à Besakhi Temple- le Temple Mère- celui où reposent les Ancêtres Hindous fondateurs de Bali. Ce chien est apparu sur un pilier au bord du chemin.

Il flottait dans les nuages et dominait un paysage impressionnant de rizières dévalant vers la mer. A Bali, les chiens sont sacrés.
Ils ont pour fonction d’éloigner les mauvais esprits; Et souvent, ils ne cessent de grogner, de montrer leurs crocs, la bave dégoulinant de leurs babines.

Ce chien-là était bienveillant- placide.

Bali, Bali ...

Si à l’Est de Paris. Là-bas, quand les Hollandais ont voulu conquérir et soumettre Bali, la famille royale et les leurs, plus de trois mille personnes ont préféré se suicider collectivement plutôt que de se soumettre. Les Hollandais ont été tellement impressionnés qu’ils ont alors tout fait pour préserver Bali et sa culture de leur influence tout en étant là! La Forêt des Mânes est surtout la Forêt de Nos Ancêtres – Nommés - ou – Inconnus – engloutis dans un grand Tout ou dans un
Néant, résultat de brutales transplantations.

La Forêt des Mânes raconte aussi en filigrane notre histoire à nous - Antillais- qui pour la plupart ne pouvons nommer nos Ancêtres et qui passe de l’Afrique à l’Inde. Car ce sont les Indiens qui ont été transplantés sur nos terres au 19ème siècle, la plupart venant du Tamil Nadu, pour remplacer, suite à l’Abolition de l’Esclavage, ceux et celles qui ne voulaient plus travailler dans les champs de cannes. Pour la première fois, ils avaient le privilège de dire : Non! D’où l’arrivée massive d’Indiens qui pour la plupart n’avaient aucune conscience qu’ils partiraient de l’autre côté de la terre pour ne plus jamais revenir.

Petit à petit, ils ont reconstruit, replanté, donné racine à un nouvel arbre de vie aux multiples ramifications comme l’ont fait les descendants d’Africains et de Bretons car il y a toujours un ou une Bretonne dans ces histoires d’exils et de voyages au long cours. Comme il y a toujours des histoires de métissages, de brassages de sang, de peaux, de cultures qui peuvent aussi donner naissance à des histoires d’Amour Essentielles.

La Forêt des Mânes est une histoire de vie, de lumière et de transcendance.

Rendre hommage à la Force de l’Esprit, celle qui est plus forte que la Mort.

La Forêt des Mânes a pris racine au Jardin du Luxembourg, écrin du Sénat, là où se votent les lois de la République Française, c’est aussi le coeur de l’Europe et de sa cruelle Histoire.

La Forêt des Mânes se crée et se construit depuis deux ans maintenant.

Je dis MERCI avec un énorme élan de joie à tous ceux qui ont contribué à donner vie : - À cette utopie valide - Ce rêve éveillé – Des plus humbles aux plus puissants. À toute ma merveilleuse équipe – Multi-culturelle – avec une seule vraie noblesse, celle du coeur et de l’accomplissement.

Léa de Saint Julien,
29 avril 2006

 

Retrouvez le parcours de la Forêt des Mânes en 2006

 

La Forêt des Mânes de Léa de St Julien au Jardin du Luxembourg

 

Escapade à travers les arches de bambous - par Ayelevi Novivor

 

La Forêt des Mânes ou le rêve de Léa - par Michèle Montantin, auteur dramatique

 

En savoir plus sur Léa de Saint Julien et Emile Romney

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