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Que veut dire le mot créole "Pwofitasyon" ? Explications d'Hector Poullet

Pwofitasyon ou profitasion ? De quoi s'agit-il ? Dans l'adaptation créole du Loup et l'Agneau, nous trouvons cette apostrophe du Loup : - Gadé misyé tibwen ! Pyé a-y an dlo an-mwen pou i pé sa bwè ! Si an ba-y on palaviré, yo ké kriyé-mwen PWOFITAN ! Notre société est née et s'est développée dans la "pwofitasyon". C'est à dire que systématiquement le fort écrase le faible sans état d'âme et sans justice ni chevalier redresseur de tort qui vienne au secours de la veuve et de l'orphelin. Cette violence institutionnelle a engendré une riposte aussi violente "Koupé kou, boulé kay, sa ki mò manfou pou yo !"( serment du bois kayman). C'est la force du désespéré qui n'a plus rien à perdre, même pas la vie.

Se liguer pour lutter contre la profitassion est donc un réflexe légitime, ce qui signifie qu'on ne va pas faire dans la dentelle et dans l'angélisme : à violence, violence et demie. A la violence du Profitant va répondre la violence des ligués, en rendant coup pour coup.

 

Ceci explique la fortune du mot dans cette opération de "lyannaj": tout un chacun s'est senti concerné par cette soif de justice contre la "profitasyon".


La langue créole crée ainsi selon ses besoins des mots à partir du français en détournant ou en contournant la langue française. La profitation ou profitassion n'est pas seulement tirer profit de sa position dominante, mais abuser de cette domination au-delà du nécessaire, c'est de la pure méchanceté. La profitation est née dans l'Habitation, a grandi dans la Plantation, et perdure dans la néo-colonisation que nous appelons "départementalisation".


Au point de vue linguistique, sur le même modèle de dérivation nous avons "kalkilasyon" pour une réflexion où l'on pèse avec minutie, le "pour" et le "contre". Après le "kont" (Lyannaj kont pwofitation), souhaitons un "pou", le "Lyannaj pour kalkil-aksyon" où toutes nos décisions seront précisément pesées, pour satisfaire à l'adage : "kalkil fèt avan konté".

 

Hector Poullet

pour Gens de la Caraïbe, 25/02/09

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