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Entretien avec Daniel Goudrouffe / Santiman Karayib

L' oeuvre du photographe Daniel Goudrouffe se feuillette comme un livre d’images à lire à la lumière plurielle des univers créoles… Adepte de la photographie subjective, inconditionnel de l’argentique noir et blanc, Daniel Goudrouffe joue de la fugacité de la vie en choisissant de magnifier l’Homme dans l’espace caribéen. Une approche intimiste et documentaire toute empreinte de réalisme poétique.

Sur les rives d’Haïti, de Jamaïque, de Guadeloupe ou encore de Cuba, votre regard interroge et traque l’humain dans ses gestes les plus anodins… Quel trésor cherchez-vous ?


Je ne sais pas si je cherche un trésor, mais quoi qu’il en soit l’Homme est toujours au cœur de ma quête. J’aime le photographier sans mise en scène, dans ses tranches de vie aussi multiples que peut l’être sa réalité. Je rejoins là mes inspirateurs, Guy Le Querrec avec qui j’ai découvert le noir & blanc, Cartier Bresson, Sebastião Salgado et Klavdij Sluban, quatre grands représentants de la photographie humaniste. Mon travail ne se place pas sur le registre  de l’évènementiel mais se situe plutôt dans une approche documentaire. Une recherche qui nourrit mes photographies d’un petit supplément d’âme, d’un peu de poésie…


Une posture humaniste qui vous façonne sans  doute à titre personnel…


C’est vrai que derrière ma sensibilité de photographe se cache aussi un prétexte à rencontrer les gens. Peut-être mes origines multiculturelles - mon père étant malgache, ma mère guadeloupéenne  - m’ont-elles donné le goût de la diversité culturelle au travers de l’échange avec les populations. Je viens d’ailleurs tout juste de vivre deux mois auprès des « hommes des bois », les « Bushinengué », peuplade installée le long du fleuve Maroni, frontière naturelle séparant la Guyane du Surinam.
Découvrir la singularité des différentes organisations sociétales m’inspire, celle de la Guyane, d’Haïti ou encore sentir comment le système très socialiste de Fidel Castro réagit à l’embargo économique, commercial et financier américain. Mais au-delà des spécificités propres à chaque pays caribéen, notamment la langue en vigueur, se déploie au quotidien une culture commune que l’on retrouve dans la manière de vivre, de se nourrir, de se vêtir aussi…

Des codes culturels saisis par votre focale comme des instants de vie en suspension ?


Des tranches de vie parfois volées, nées à la fois de l’observation, de la réflexion puis de l’intuition, pour atteindre « l'instant décisif » dont parlait Henri Cartier-Bresson. Mes projets de reportages nécessitent ainsi de vivre deux à trois mois au minimum avec les peuples concernés, et je l’avoue, requièrent une certaine capacité d’adaptation !

Si vous en aviez le pouvoir, que changeriez-vous en Guadeloupe ?


J’insufflerai plus d’autonomie à mon pays, contrairement à la position prise par de nombreux compatriotes lors du projet de réforme institutionnelle de décembre 2003. C’est pour moi une étape naturelle dans le développement d’une cité que de désirer aller vers plus de liberté. Ici, je constate les effets pervers d’une trop grande assistance, tandis que je vois là-bas, comme en Haïti, une indépendance génératrice d’une dynamique bien plus forte.


Une dernière question : « Santiman Karayib », l’intitulé de votre exposition, est une histoire de sentiment ?


Oui, doublement ! « Santiman Karayib », « sentiment Caraïbe » en créole, me renvoie aux impressions, aux sentiments multiples que peuvent me procurer l’espace de vie caribéen. Mais aussi au terme musical créole signifiant le geste de transcender le rythme en y apportant… du sentiment justement. Quelque chose proche du groove, pas très éloigné de la transe spirituelle que l’on peut ressentir dans la musique. C’est précisément ce « sentiment » que je tente de saisir visuellement. Cette magie, cette chose ineffable qui nous échappe et qui trace le sillon de ma quête…



Photographies/ Exposition à la Scène nationale du Creuzot

« Santiman Karayib », par Daniel Goudrouffe
du 28 mars au 3 mai 2009


vernissage samedi 28 mars à 18h30
du mardi au vendredi 13h30-19h / samedi et dimanche 14h30-19h / sauf les 12 avril et 1er mai

Contacts

Daniel Goudrouffe :  Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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