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Nathaly Coualy vue par Alvina Ruprecht

Joué de septembre à décembre 2009 au sentier des Halles et après quelques dates dans le "off" d'Avignon, le spectacle "Nathaly Coualy" de Nathalie Coualy par Nathalie Coualy n' a pas échappé au regard critique d'Alvina Ruprecht qui dans les toutes premières représentations en janvier dernier à Paris trouvait que le texte ne "permettait pas à cette jeune comédienne de faire épanouir ses talents." Aujourd'hui, le spectacle est joué au sentier des Halles du 11 septembre au 18 décembre 2009, tous les vendredis et Nathaly Coualy pense avoir trouvé son public. Comme quoi, une critique "négative" n'empêche pas le succès d'un spectacle mais peut aider à engager un débat.

Nathaly Coualy et le One Woman stand up - Oui, le titre de la piéce est le nom de la comédienne - Nathaly Coualy- que nous avons vue pour la première fois en Avignon  off  (2008) au Théâtre de la Chapelle du verbe incarné où elle a joué la copine blonde du mari volage (interprété par Philippe Calodat) dans Projection Privée, sur un texte de Rémi de Vos mis en scène par Greg Germain. Dans sa prestation récente, Nathaly, redevenue semblable à elle-même (car elle n'est pas blonde), nous fait un monologue " confession " qui vire vite au " stand up " interactif, profitant ainsi d'une petite salle (60 places?) où la disposition salle-scéne invite les échanges intimes.

 
Ce spectacle serait une version retravaillée (avec Légitimus) d'un monologue (intitulé Seule), présenté l'année dernière. Cette fois-ci, l'idée était justement de réduire les artifices d'un spectacle théétral pour créer l'illusion d'une rencontre entre un public qui tient lieu de psychiatre, voire de psychanalyste, et la comédienne. En effet, Mlle Coualy est à peine maquillée. Elle porte un ensemble foncé discret, les cheveux coupés trés court, rien de remarquable dans la présentation. Elle a l'allure belle, raffinée et même un peu timide. Quelques accessoires dans l'espace de jeu : deux petites tables recouvertes de livres nous portent à penser que ce sera peut-étre une discussion littéraire, ou du moins une rencontre spirituelle et intelligente. La curiosité est piquée! Mais on va être détrompé car ce n'est pas du tout ce qui nous attend.

Le début était plutôt prometteur. Sur le petit espace intime du Théâtre Côté Cour, effectivement caché au fond d'une cour à deux pas du Métro Parmentier, Mlle Coualy annonce à brûle pourpoint qu'elle a essayé de tuer son pére! Meurtre symbolique bien sûr mais geste fondamental des enfants, selon Freud. Nous sommes donc sur la voie d'une recherche de soi essentielle et il va sans dire que les possibilités étaient infinies étant donné le contexte dans lequel l'auteure situe sa " réflexion ".

Cependant, ce voyage intérieur devient vite un monologue racoleur. Il est appauvri sur le plan du texte; il est sans attrait particulier sur le plan scénique. Au départ ce père est un amas de stéréotypes qui pourraient rassurer une salle plutôt jeune et peu intello, en confirmant leurs idées reçues sur les hommes, le mâle antillais en particulier. Séducteur, beau, bon danseur, etc., il est aussi celui qui a toujours dénigré et découragé sa fille, à tel point qu'elle a fini par se méfier des hommes et par ne plus pouvoir se contenter d'un partenaire qui présenterait le moindre défaut. Elle est à la recherche de l'homme idéal, recherche piégée au départ car un tel animal n'existe pas, raison de plus pour ne pas s'en encombrer et finir par avoir confiance en ses propres capacités, ses propres mérites. " Je suis une chieuse " déclare-t-elle à la fin, parce qu'elle se suffit à elle-même et surtout parce qu'elle ne correspond pas au moule des femmes banales, étant donné ses origines multiethniques. Si les mâles antillais ont leurs particularités qui sont surtout des stéréotypes, voilé sa " particularité " à elle : ses origines multiples, qu'elle a apprises à valoriser dans sa lutte contre une présence masculine qui a failli écraser son esprit de révolte. Le costume afro-indo-sino-hispano-antillais qu'elle dévoile dans les derniers moments du spectacle symbolise bien l'énigme identitaire dans laquelle elle prétend se trouver.

Il faut dire que la comédienne est lumineuse et séduisante mais c'est le texte qui m'a génée. Le show comporte une série de sketchs qui font l'inventaire de toutes les faiblesses des amants et à partir de ces situations, l'auteur construit une suite de banalités et de stéréotypes qui sont presque sans intérét.

Il est évident que le pére gros mâle macho rôde toujours dans son paysage psychique et nous ne savons pas si elle essaie vraiment de se débarrasser de lui ou si elle cherche plutôt celui qui pourrait le remplacer. Une remise en question psychologique, par l'ironie et l'autodérision aurait pu aller trés loin ici mais les auteurs ont préféré rester au niveau du déjà vu, des facilités, des remarques sur le sexe racoleuses plutôt primaires simplistes. Méme s'il est vrai que le personnage finit par se rendre compte qu'elle n'a pas besoin d'un homme pour se définir, cette prise de conscience épiphanique émerge de la vieille leçon féministe qui a fait son apparition il y a des décennies. On pourrait donc dire que ce monologue nous transporte quarante ans en arrière par rapport à la condition de la femme de sorte que sans une théâtralisation pétillante et originale, sans une distanciation ironique, le message rate sa cible.

Ce qui me déçoit autant que le texte, est la manière dont le metteur en scéne et la comédienne elle-même ont essayé de couler " Nathaly " dans un moule qui ne lui convient pas du tout. Atteindre une forme d'intimité théâtrale avec ce genre de texte nécessite malgré tout une grande force scénique, une énergie toute particuliére et un pouvoir de mimique trés fort. Mlle Coualy n'a pas du tout ce genre de présence scénique. Certains peuvent faire passer la vulgarité et la rendre drôle par leur seule présence corporelle. Mais ici, la jeune comédienne est débordée par le texte. Elle n'a pas su créer un personnage solide dans le contexte de ces expériences trés physiques qui exigeaient une agressivité mordante teintée d'ironie et d'auto-critique. Mlle Coualy est trop bien élevée, elle a trop de classe pour ces mots qui sortent de sa bouche.  Toute sa présence physique suinte la délicatesse, la subtilité et la profondeur des émotions. Elle est la femme diaphane qui passerait mieux dans une piéce de Harold Pinter par exemple, ou dans une mise en scéne de José Exélis. De toute manière, ce qu'elle fait actuellement ne lui rend absolument pas service et la mise en scéne n'a rien arrangé, au contraire.

En fin de compte, ce monologue est un scénario / texte d'une faiblesse navrante, propre à faire rire les gens qui cherchent un divertissement facile, un Théâtre stand up qui a certainement sa place surtout lorsqu'il est assumé par des maîtres d'humour tel que Jamal qui seraient capable de se lancer dans le délire scénique que le texte nécessite, mais il ne permet pas à cette jeune comédienne de faire épanouir ses talents.

Article paru pour la premiére fois sur Madinin-art.net

Alvina Ruprecht
Paris, janvier 2009

Le site de Recherche en théâtre francophone d'Alvina Ruprecht

Nathaly Coualy
Texte de Nathaly Coualy avec la collaboration de Pascal Legitimus
Interprété par Nathaly Coualy
Mise en scéne de Juliette Moltes
Au Théâtre Côté Cour
Lumiéres : Julien Lambert
Décor : Thierry Derivot

Autres dates : Au sentier des Halles du 11 septembre au 18 décembre 2009, tous les vendredis.

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