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Appel pour un engagement de la France pour la sauvegarde des archives

Appel pour un engagement de la France pour la sauvegarde des archives et la reconstruction des lieux de savoir en Haïti par Le Comité pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage.

Le terrible séisme qui a détruit une grande partie d’Haïti et qui a emporté près de deux cent mille vies mobilise la communauté internationale, et en premier lieu la France, pour apporter l’aide d’urgence et pour préparer la reconstruction de tout un pays.

Bouleversés par ces événements tragiques, les membres du CPMHE ont tenu a adresser, dès le 14 janvier 2010, un message aux Haïtiens et un appel à la mobilisation de tous. Toutefois l’ampleur de l’épreuve qui frappe les haïtiens ne tient pas qu’au nombre terriblement élevé de victimes, de blessés et de sans-abris, elle se mesure aussi à la quasi-destruction de ce qui assure
l’existence matérielle d’une société, et, en particulier, de ce qui en compose la dimension intellectuelle : ses écoles, ses lieux d’enseignement, son patrimoine et ses archives. Le séisme du 12 janvier 2010 menace de disparition un pan de la mémoire de l’humanité ; une telle perte aurait des conséquences funestes pour l’avenir même du peuple haïtien et pour la reconstruction du pays. L’urgence, c’est de sauver des vies ; mais le défi, c’est de permettre à un pays entier de retrouver le sens de sa vie.

Dans le cadre de la préparation de la conférence internationale pour la reconstruction d’Haïti, le Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage lance un appel solennel au gouvernement français afin qu’il favorise les initiatives indispensables à la protection et à la sauvegarde des archives et des documents historiques uniques menacés de destruction et qu’il soutienne la reconstitution des lieux de savoir et du réseau éducatif en Haïti. En effet, le
tremblement de terre qui a frappé Bam en Iran en 2003 a montré l’importance d’une intervention rapide pour la préservation du patrimoine. Egalement soucieux de voir la mémoire et l’histoire de Saint-Domingue-Haïti recouvrer la place qui leur revient dans le récit national français, notre comité entend poursuivre l’action engagée entre 2004 et 2009 par le Comité pour la mémoire de l’esclavage et faire en sorte que les grandes figures de notre histoire commune soient mieux connues et honorées.

Nous invitons le gouvernement français à soutenir l’action des bénévoles, des chercheurs, des conservateurs, de toutes nationalités, dans la défense du patrimoine haïtien.

Nous invitons le gouvernement français à travailler avec les autorités haïtiennes, l’ONU, l’UNESCO, l’Union Européenne, les Etats-Unis, le Canada et l’ensemble de la communauté internationale, et à s’appuyer sur les forces civiles et militaires déployées sur place, pour engager dans les plus brefs délais un plan de sauvegarde des archives haïtiennes.

Nous invitons le gouvernement français à proposer, dans le cadre de l’action internationale pour la reconstruction d’Haïti, des initiatives visant à mettre en valeur et à sauvegarder son patrimoine historique et culturel et à rebâtir son système éducatif.

1) La vocation de la France, c’est d’oeuvrer pour la sauvegarde des sources de l’histoire haïtienne et pour la reconstitution d’un réseau de bibliothèques et de dépôt d’archives :
En s’appuyant sur la communauté francophone, caribéenne et créole qui lie Haïti aux départements français d’Amérique, mais aussi sur la solidarité des collectivités territoriales de  l’hexagone souvent engagées dans des projets de coopération décentralisée sur place, la France peut, grâce au fonds de concours pour Haïti mis en place par le ministère des affaires étrangères et européennes, inscrire la sauvegarde et la restauration du patrimoine et des archives dans le cadre d’une action concertée avec les autorités haïtiennes et conduite au niveau international.

 

Les opérations de sauvegarde, visant à protéger les sites et à mettre à l’abri les documents, menées en étroite concertation avec les autorités haïtiennes et les responsables des sites concernés, doivent mobiliser une partie des forces civiles et militaires déployées sur place.

Outre les archives nationales ou la bibliothèque nationale, cette protection doit concerner les collections des plus anciennes bibliothèques historiques comme Saint-Louis de Gonzague ou la bibliothèque des pères du Saint-Esprit…
Ces opérations peuvent s’appuyer sur l’action de l’UNESCO et sur le savoir-faire des grandes organisations non gouvernementales spécialisées, comme le Comité International du Bouclier Bleu (CIBB) et, en particulier, son
important relais en France (CFBB), mais également mobiliser l’expertise des architectes et archivistes français pour la protection et la restauration des bâtiments et des archives et le dynamisme d’organisation comme Bibliothèques Sans Frontières.

L’enjeu n’est pas seulement de sauvegarder des ouvrages et des archives mais également de protéger des institutions, bibliothèques, grandes collections publiques et religieuses, dépôts d’archive. Avec le soutien du ministère de la Culture et de la Communication et du ministère des Affaires Etrangères et avec le concours de grandes institutions comme les Archives de France ou la Bibliothèque de France, ou encore d’organisations comme l’IFLA, la France peut financer des actions de formation et d’aide pour le classement et la numérisation des archives haïtiennes.

2) La vocation de la France, c’est de s’engager dans la reconstitution du système éducatif haïtien et de renforcer des liens tissés par l’histoire

Déjà engagée dans le domaine de l’éducation et de la culture dans le cadre de partenariat France-Haïti 2008-2012, par la forte implication de l’AFD et de son Ambassade en Haïti, la France a vocation à apporter son concours à la reconstruction d’ensemble du système éducatif haïtien dans le cadre d’un plan international sous l’égide des autorités haïtiennes.

Grâce à l’engagement conjoints du ministère de l’éducation nationale, du ministère l’enseignement supérieur et de la recherche et des présidents des instituts de recherche, la France peut rapidement favoriser l’accueil d’élèves, d’étudiants et de chercheurs et haïtiens dans une grande diversité de disciplines, afin de contribuer à former les cadres nécessaires à la reconstruction et au développement de la nation haïtienne. Dans le cadre du partenariat France-Haïti 2008-2012 la France a décidé de concentrer son action dans le domaine de l’enseignement supérieur sur la formation des futurs enseignants-chercheurs.

Le CPMHE soutient dans l’appel des chercheurs liés au CIRESC en faveur du financement de « chaires Haïti » dans les universités françaises et de bourses pour les étudiants ainsi que la demande d’assouplissement des conditions d’obtention de visas pour les étudiants et chercheurs haïtiens.

Dans l’entreprise de reconstruction, la France peut, également, mettre en avant son savoir faire pour restaurer non seulement les bibliothèques et les lieux de conservation des archives mais aussi les institutions d’enseignement et de recherche en Haïti, en premier lieu desquels l’université et l’école normale supérieure. Le CPMHE invite l’Etat à renforcer le fonds de soutien prioritaire « appui à l’enseignement supérieur » prévu dans le cadre du partenariat  France-Haïti 2008-2012. La France peut apporter une contribution importante au développement de la recherche en Haïti en renforçant interventions de ses organismes de recherche et les échanges, et notamment en menant à terme le projet de création, à Port-au- Prince, d’un Centre de recherches en sciences sociales, avec la participation financière du conseil général des Hauts-de-Seine, et l’appui du CNRS, de l’EHESS ou de l’Institut des Hautes Etudes de l’Amérique Latine.


La France peut enfin appuyer les initiatives de l’ensemble des organisations institutionnelles francophones pour la sauvegarde du patrimoine haïtien et la reconstruction des lieux de savoir, notamment celle de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) pour la mise au point d’un plan d’action pour la reconstruction de l’enseignement supérieur haïtien.

3) La vocation de la France, c’est de proposer l’édification d’une grande bibliothèque numérique internationale dédiée à l’histoire et à la culture haïtiennes

Tandis qu’une part des archives de l’histoire d’Haïti a sans doute disparu, la France peut contribuer à retisser certains des fils brisés de la mémoire haïtienne en poursuivant et en renforçant le programme de numérisation des ouvrages majeurs sur Saint-Domingue et Haïti, et des journaux domingois du XVIIIe siècle lancé dans le cadre du projet Gallica de la Bibliothèque nationale de France

Pour compléter ce projet de « bibliothèque numérique franco-haïtienne » la France peut financer un projet numérisation de l’ensemble de ses archives portant sur Saint-Domingue et la révolution haïtienne, en particulier le fonds Moreau de Saint-Méry conservés aux archives nationales de l’outre-mer.

 Enfin, dans le cadre de la conférence pour la reconstruction d’Haïti, la France peut porter le projet d’une « bibliothèque numérique internationale de l’histoire haïtienne » associant, aux côtés des autorités haïtiennes, l’ensemble des pays liés à Haïti et des centres de recherches et universités engagés dans la conservation de documents ayant trait à l’histoire haïtienne, au Etats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, en Espagne et dans l’aire caribéenne, en apportant
la contribution de son fonds numérisé.


Le lien entre la France et Haïti est demeuré insécable, en dépit des tensions, des incompréhensions et même des affrontements, parce qu’il puise à des principes partagés à une ferveur commune pour la liberté et la dignité humaines. Sans Haïti, la France n’ignore pas qu’elle serait définitivement amputée d’une part d’elle-même. Ainsi retissant les fils d’une histoire
entremêlée, la France contribuera à faire qu’Haïti continue d’éclairer la conscience du monde.

Paris, le 26 janvier 2010,
Le Comité pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage
Françoise Vergès, présidente
Greg Germain
Claude-Valentin Marie
Henriette Dorion-Sébéloué
Guy Lavaud
Jean Hébrard
Myriam Cottias
Marie-Hélène Joly
Jean-Claude Judith de Salins
Philippe Pichot
Frédéric Régent
François Durpaire

Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage
Decret n°2009-506 du 6 mai 2009
Ministère chargé de l’Outre-mer, 27 rue Oudinot 75007 Paris
Frédéric Lazorthes, secrétaire général du CPMHE - 01 53 69 23 79 - 06 63 92 00 86 – Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
www.comite-memoire-esclavage.fr

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