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L'après 12-janvier - derniers articles

Au nom de la solidarité, prêter ou donner des livres ?

L'Unesco organise une opération de collecte d'ouvrages au bénéfice des enfants et adolescents des communautés affectées par le tremblement de terre du 12 janvier. Les 230 kg de livres reçus à Port-au-Prince et les prochains arrivages sont donnés à des bibliothèques de proximité qui les prêteront aux enfants des camps de déplacés et aux centres récréatifs pour enfants établis dans les camps. Donner ? Prêter ? Gens de la Caraïbe se réjouit que cette opération concerne du prêt et non pas du don d'ouvrages ce qui pourrait affaiblir encore plus le secteur du livre sur place. Pourquoi ?

La question du don du livre est très épineuse, car comme dans des situations de catastrophes, les sinistrés n'ont soit rien soit des livres donnés, et les soutiens venus de l'extérieur pensent qu'il vaut mieux avoir quelque chose que rien.

Cependant, ce genre d'opération de dons dans différents pays ne présente pas des bilans très encourageants et soulèvent plusieurs strates de questions :
- les professionnels du livre (même si le secteur peut être embryonnaire) en souffrent-ils ou en profitent-ils ?
- quel rapport au livre (et aussi à la langue...) introduit le fait de recevoir de recevoir un livre gratuitement ? Les livres donnés sont souvent ceux dont les gens ne veulent plus car hors d'usage ou sans grand intérêt. En conséquence,  le rapport à l'objet est dévalorisé...
- quel rapport cela introduit-il entre le donateur et celui qui reçoit (ce rapport est rarement égalitaire ce qui pose un sérieux problème de rapport de forces, de rapport entre les cultures, souvent de domination... L'égalité est assurée s'il y a réciprocité.

Le prêt c'est autre chose. Il s'agit de prêter, de rendre, la valeur de l'objet reste intrinsèque. De plus, une dimension de partage soutend le tout car si je rends les livres que j'ai empruntés, d'autres pourront les lire...
Les bibliothèques sont à soutenir à condition absolue que les Haïtiens soient écoutés quant au genre de livres à envoyer, ce qui ne semble là ne pas être le cas dans l'opération de l'Unesco qui précise dans son communiqué : « (...) tous les ouvrages sont bienvenus, à l’exception des ouvrages scolaires et des livres pratiques. Les dictionnaires de français font partie des ouvrages souhaités. (...)»
Et quant à la gestion de ces livres. La formation des bibliothécaires même en herbe est importante !

Fait tout à l'honneur de l'Unesco, cette opération qui concerne du prêt de livres aux sinistrés, apporte également un soutien aux bibliothèques, mais aussi à l'edition locale car une partie des livres seront achetés sur place. Si les libraires pouvaient aussi être mis à contribution, ce serait parfait !

Cet achat de livres haitiens permettra sans nul doute un équilibre entre les deux cultures, celle des livres reçus de l'extérieur et celle des ouvrages produits par le pays.

Espérons enfin que parmi les livres reçus, les lecteurs trouveront des ouvrages édités dans la Caraïbe francophone, uen partie de leur environnement régional. Notamment pour les enfants, PLB éditions proposent des ouvrages proches des réalités de la région; les dictionnaires trilingues des éditions Lafontaine permettront des passerelles entre Haïti et ses voisins immédiats et enfin, Vents d'ailleurs - qui nous a aidé à saisir les subtilités de ses opérations de solidarité autour du livre- , fabrique et diffuse (entre autres) toute une série de livres jeunesse dirigée par la conteuse Mimi Barthélémy.

 

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Pour envoyer/déposer vos livres à l'Unesco, leur adresse  :

« Un livre pour un enfant d’Haïti » - UNESCO
Ulrika Peppler Barry – Bureau 3021
Service de gestion des savoirs ED/KMS
7 Place de Fontenoy
75352 Paris 07 SP France

 

Note de l'Unesco : Les enfants ou leurs parents sont encouragés à écrire un mot de solidarité sur la première page à l’intention de tous les enfants qui liront ce livre. Par la même, ce projet créera un lien entre les enfants d’Haïti et ceux des pays francophones. Il sera possible de laisser dans les ouvrages une adresse email de contact. Cette adresse email peut être soit individuelle (celle de l’enfant ou de ses parents qui offrent le ou les livres) soit l’adresse d’un enseignant ou d’une classe d’élèves qui offre des livres collectivement.
 

Photo : © unesco-haïti 2010 - La première opération de prêts de livres et de bandes dessinées par les volontaires de la Bibliothèque Justin Lhérrisson aux enfants du camp du Centre sportif de Carrefour s'est déroulée le 2 juillet 2010.

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