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Notes de lecture de GdC

On a lu : « Bleu d’orage » d’Émeline Pierre

Déjà auteure de l’essai portant sur le caractère subversif de la femme antillaise, Émeline Pierre nous revient avec le recueil de nouvelles Bleu d’orage qui réconcilie le lecteur avec ce genre littéraire. Les récits que propose Émeline Pierre sont délicieusement, prêts à consommer.


La profusion des espaces géographiques n’est pas prétexte. De la Guadeloupe à la Martinique, en passant par Haïti, la Dominique ou la République dominicaine, chaque nouvelle nous arrime à une réalité spécifique de ces bouts de caraïbe et de leur rapport au monde. On lit avidement les pérégrinations de ces femmes et hommes téméraires, en quête d’avenirs plus doux, d’amour polygame, de promesses d’eldorado. Sans complaisance, l’auteure dépeint des êtres tenaillés par la volonté d’améliorer leur quotidien peu importe le prix à payer.

La brièveté des histoires est une mise en bouche que l’on aimerait voir prolonger tant les personnages sont intrigants. Une incursion éphémère dans les rêves de richesse, de bonheur, qui requièrent de tels sacrifices que l’on en vient à se demander si le jeu en vaut la chandelle. Mais comment le savoir sans avoir le pied à l’étrier ? Du projet à sa concrétisation, les protagonistes sont mus par cette soif inextinguible d’aventures et d’évasion, palliatif de la misère sociale, sentimentale ou professionnelle. 

On vogue donc aussi bien à travers des lieux aux abords hostiles, que des époques mouvementées. La teinte singulière du bleu d’orage mêle fascination et inquiétude, telle un parti pris de l’auteure contre les facilités et les stéréotypes. Si la thématique de l’ailleurs s’égrène au fil des nouvelles, elle est si diversifiée que chaque récit a sa raison d’être. On est pétrifié par cet ex-tonton macoute devenu chauffeur de taxi à Montréal, transportant dans sa voiture la fille de l’une de ses anciennes victimes ; cette « métropolitaine » (comme la définit l'auteure) athée qui, quoique très incrédule, se lançant à la poursuite d’un trésor vieux de plusieurs siècles à la suite d’un rêve récurrent ou encore cette Guadeloupéenne qui décide envers et contre tous d’épouser un ivoirien déjà marié…

La capture de l’instant, la gravité du propos et les trajectoires tranchées des protagonistes sont autant d’ingrédients que le lecteur savoure sans modération. Bleu d’orage est une virée audacieuse qui préfigure une belle suite.

Émeline Pierre, Bleu d’orage, Montréal, Pleine Lune, 2010, 132p.
Prix public Guadeloupe : 20 €
                                       

De père haïtien et de mère dominiquaise, Emeline Pierre est née en Guadeloupe
et vit depuis plusieurs années à Montréal où elle y enseigne le français.

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