Recevoir nos informations

S'abonner

Inscription à la Lettre d'informations culturelles caribéenne « Ici et là-bas » mais à des listes concernant des créations/actualités culturelles par territoire
Hasta pronto! Adan an dòt soley

JE SOUTIENS GENS DE LA CARAIBE !

Notes de lecture de GdC

On a lu : Dictionnaire culturel des Caraïbes de Jean-Paul Duviols et Pedro Ureña-Rib

Video en fin d'article - Jean-Paul Duviols, professeur émérite à l’université de Paris-IV Sorbonne et Pedro Ureña-Rib maître de conférence à l’université des Antilles et de la Guyane ont conçu un ouvrage très ambitieux : un dictionnaire culturel des Caraïbes et le sous-titre précise l’ambition de ses auteurs car ils se proposent de passer en revue l’histoire, la littérature, les arts plastiques, la musique, les traditions populaires domaines auxquels ils ajoutent des biographies !


Dans l’avant-propos les auteurs indiquent qu’il ne s’agit pas pour eux de rivaliser avec «  les encyclopédies, les livres d’histoire ou de littérature, ni  les guides touristiques mais de proposer une approche essentielle d’un monde qui reste méconnu ». Sage propos qui évite beaucoup de critiques aux auteurs car ils nous précisent ainsi qu’ils ont fait des choix et n’ont pas prétendu à l’exhaustivité.

Leur ambition est néanmoins de couvrir les états membres de l’Association des Etats de la Caraïbe qui comme chacun sait sont tous les pays indépendants insulaires de la Caraïbe plus les pays d’Amérique centrale, le Mexique, la Colombie,  le Vénézuela, le Guyana et le Surinam. Les auteurs entendent aussi parler de l’île d’Aruba, des Antilles néerlandaises, des Antilles françaises et de la Guyane, des îles Turques et Caïques. A propos du Mexique de la Colombie et du Vénézuéla, ils précisent qu’ils ne parleront que de leur façade caraïbe car ces pays ont déjà fait l’objet de développements dans le cadre d’un ouvrage précédent du professeur Duviols sur l’Amérique latine.

Comme tout dictionnaire l’ouvrage commence à la lettre A comme Abakuá et se termine par la lettre Z comme………..Zouk ! Si le mot  qui termine ce dictionnaire est bien connu des francophones,  des créolophones et même  des anglophones, néerlandophones et hispanophones,  par contre le premier mot est probablement ignoré de la plupart des lecteurs qu’ils soient ou non de la région.

C’est un véritable plaisir pour un Caribéen (et pour un amoureux de cette région) de voir côte à côte des Cubains, des Guadeloupéens, des Trinidadiens, des Martiniquais, des Dominicains, des Haïtiens, des Porto-Ricains unis dans cet ouvrage là où la géopolitique, l’histoire, la langue les ont séparés.

L’ouvrage de Jean-Paul Duviols et Pedro Urenna réserve quelques heureuses surprises car on y trouve des auteurs considérés parfois  comme secondaires comme le cubain Cirilo Villaverde ou la Martiniquaise Mayotte Capécia (cette dernière souvent connue par l’intermédiaire de Frantz Fanon).

Remarquons au passage que tant «  Cécilia Valdes » que «  je suis martiniquaise » traitent du problème de la couleur de peau dans les Antilles et de ses représentations sociales. C’est également avec plaisir qu’on retrouve des écrivains relativement peu connus mais représentatifs de certaines problématiques telle que la Guadeloupéenne Michèle Lacrosil.

On est également tout heureux de trouver des développements sur Kassav, Irakere, Juan Luis Guerra, Malavoi dans le même ouvrage et on réalise qu’il est rare que des orchestres de musique « populaire » figurent dans des ouvrages «  savants ».

Les auteurs nous ont préparé à ce traitement équitable de la musique, de toutes les musiques, car ils ont fait précéder leur ouvrage d’une citation de René Depestre dans laquelle l’écrivain haïtien écrit «  ….sans sous-estimer le rôle de la littérature et des arts plastiques la musique occupe aux Caraïbes le premier rang de l’appréhension esthétique des expériences vécues ». Et de fait, à part les Etats-Unis d’Amérique avec leur population d’Africains-Américains, on peut dire que ce sont les pays de la Caraïbe qui font danser le monde.

Permettez-moi également d’avoir du plaisir à voir figurer dans ce dictionnaire des auteurs non originaires de la région mais qui y ont apporté leur talent et qui ont été inspirés par cette région : l’un des plus célèbres, à mon sens,  étant Salvat Etchart qui a écrit des chef d’œuvres avec «  Le monde tel qu’il est » ou «  Les nègres servent d’exemple » Salvat Etchart dont on ne parle jamais à la Martinique et qui nourrissait un amour aussi violent que désespéré pour ce pays.

Ce n’est pas sans plaisir que j’y ai vu le nom de VS Naipaul, le prix Nobel de littérature, non qu’il ne soit pas normal qu’il y figure mais parce que Naipaul qui est né à Trinidad, qui y a passé les toutes premières années d’enfance et d’adolescence et dont tous les premiers écrits sont consacrés à Trinidad et à la Caraïbe se dit maintenant «  britannique d’origine indienne » ! On trouve également le nom de son frère Shiva dont on ne signale pas qu’il est décédé en 1985. Peut-être pourrait-on y trouver le nom de Neil Bissoondath et surtout celui de CLR James qui est considéré par beaucoup d’intellectuels de l’aire anglophone comme un véritable maître. A ce propos, je dois signaler une petite lacune du dictionnaire en ce qui concerne le monde anglophone car on ne trouve pas non plus certaines personnalités de ce monde  tels que Mighty Sparrow qui a occupé la scène trinidadienne (et caribéenne) du calypso pendant plusieurs décennies.

J’espère que la prochaine édition comblera ces lacunes pour faire de ce dictionnaire l’ouvrage de référence du monde culturel et artistique caribéen.

On trouve également quelques erreurs dont certaines sont sans doute imputables aux mystères de l’informatique.

En attendant je salue l’entreprise de MM. Duviols et Ureña et  je ne saurais trop vous recommander d’acheter cet ouvrage qui est l’un des premiers sinon le premier à rompre la barrière de la langue qui continue d’exister entre nos pays.

 
Résumé : Présentation de l'ouvrage : Dictionnaire culturel des Caraïbes : histoire, littérature, arts plastiques, musique, traditions populaires, biographies / Jean-Paul Duviols, Pedro Ureña-Rib. - Paris : Ellipses, 2008. .
Provenance : Université des Antilles et de la Guyane. Service commun de la documentation

Voir la présentation filmée de l'intervention de Max Auguiac, dans le cadre des rencontres Regards croisés dans la Caraïbe, 5 mars 2010 àl' Université des Antilles et de la Guyane.

Share