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Notes de lecture de GdC

On a lu « Haïti : Kenbe la ! » de Rodney Saint-Eloi

Rodney Saint-Eloi a vécu le séisme, comme beaucoup d’écrivains se trouvant à ce moment là sur place, à l’occasion de leur participation à la création du prix « Ecrivains nouvelle génération » adressé aux jeunes auteurs du pays, mais surtout à la deuxième édition du festival Etonnants voyageurs en Haïti.
Ce voyage sera étonnement inoubliable surtout pour les Haïtiens vivant à l’extérieur. Pour ceux de l’intérieur, il y a la vie avant et après le 12-janvier.

« C’est une blessure avec laquelle, ils seront obligés de vivre », annonce l'auteur. L’imaginaire populaire a désigné le séisme du 12 janvier sous le vocable « goudou-goudou ». Les sinistrés n’avaient jamais vécu pareil catastrophe et l’auteur nous dit en substance : « Chaque peuple, pour se dire et se représenter, a ses fables, se légendes et ses mythes. Haïti en plus de sa violence de l’Histoire, de la misère n’avait pas besoin de séisme. C’est une violence de trop. L’esclavage, le colonialisme, l’exploitation les occupations auraient amplement suffi. »

Rodney en fait donc à la fois un récit fonctionnel qui lui permet de « faire taire en moi les fureurs du goudou-goudou » mais aussi un retour dans l’enfance de l’auteur. Tout au long de son périple, on rencontre sa famille, aussi son Haïti. Yasmina Khadra, romancier algérien dira à ce sujet : « Rodney me parlait d’Haïti, si bien, avec une passion telle que… je ne crois pas avoir rencontré une personne aussi passionnée  par son pays au point où tout, un signe, un cri, une silhouette, un souvenir, n’importe quoi, débouchent inévitablement sur Haïti ».


Tout au long on redécouvre le poète mais un excellent narrateur qui nous parle de chose aussi terrible que la mort, ses drames mais de multiples occasions de rire comme pour conjurer le sort avec des « sé lavi » permanents qui ne sont pas du fatalisme mais des attitudes vitales pour tenir, « kenbé la » .

Rodney Saint-Eloi  écrit ce livre « pour que la vie ne tremble jamais » et surtout qu' « un peuple debout cherche de l’eau et du pain, et enterre ses morts. Car les morts savent traverser les jardins et frapper aux fenêtres des rêves pour amener aux vivants l’espoir et les gros lots de la loterie nationale ». Cette voix individuelle veut aussi avoir une dimension collective « pour accompagner la construction d’un espace de citoyenneté ». Le séisme a besoin de voix pour le contraindre à arrêter sa route et ses répliques dans la vie quotidienne du Haïtien.  C’est aussi un livre d’interrogations sur l’état d’Haïti mais aussi l’Etat en Haïti. Rodney termine cet ouvrage en se demandant si l'Etat s'est définitivement effondré comme le Palais National ?



Rodney Saint-Eloi auteur et fondateur de la maison d'édition Mémoire d’Encrier répond ici à la commande d’un autre confrère les éditions Michel Lafon.

 


Haïti : Kenbe la ! 35 secondes et mon pays à reconstruire
Editions Michel Lafon, Paris
ISBN : 978-2-7499-09-12646
284 pages
Prix public : 18,40€ environ aux Antilles. 16,95€ prix unique du livre.

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