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Notes de lecture de GdC

On a lu : « Blues pour Élise » de Léonora Miano

Tel un roman musical, Blues pour Élise conte l’histoire de femmes « afropéennes », néologisme pour rendre compte de l’ascendance africaine, caribéenne de personnes résidant en Europe. Versées dans le zouk, la soul, l’afrobeat, la pop, ces sonorités accompagnent leurs pas, leurs éclats de rire, leurs moments intimes. Les aficionados se réjouiront de cette ambiance groove, jazzy, ponctuée de Jean-Michel Rotin, Soft, Marvin Gaye, Erykah Badu, Maxwell et tant d’autres artistes africains, caribéens et américains.


Pour le groupe d’amies les Bigger-than-life, la France est un territoire de consensus où n’ont plus cours les traditions originelles pesantes. Loin des clichés médiatiques de banlieusards si ce n’est agressifs, apeurés ou d’immigrés entassés dans des appartements insalubres, ces jeunes femmes  vivent une existence au premier abord tout à fait banale. Et c’est cette banalité du quotidien des « afropéens » qui fait souvent défaut dans la littérature contemporaine. Nous ne sommes pas dans le sensationnalisme ou la stigmatisation avec Léonora Miano qui s’ingénue à tisser une histoire à la touche Sex and the City. Sans dépeindre les tribulations de New-yorkaises bon chic bon genre, quatre « afropéennes » entre autres indépendantes financièrement et célibataires sont mises en relief.

Au gré de leurs rencontres, Amahoro, Akasha, Shale, Malaïka évoquent leur famille, leur travail, les amis, les préjugés omniprésents, débattent de leurs cheveux et surtout d’amour : leur nouveau flirt, leur problème de couple, leur sexualité. Des sujets d’actualité sont survolés allant des mèches et perruques à la mode à l’arrivée à la présidence des États-Unis de Barack Obama en passant par le mariage gris émanant du ministère de l’Immigration.

Comment ces trentenaires vivent-elles leur France ? En substance, la question de ce qu’il reste du Continent comme elles appellent l’Afrique, est posée ; leur quotidien étant pleinement ancré dans les quartiers de Paris Centre et Est, leur métro, leur Vélib’, leur resto, leur bar, leur soirée. Du Cameroun ou de la Martinique nous parviennent encore l’odeur de certains plats, les accords de quelques groupes, des mots de ces langues d’ailleurs disséminés dans le français, auquel se mêle aussi l’anglais, phénomène propre à l’extension des mégalopoles. Mais hormis cela, quelle est la rémanence de ces contrées dans la vie de tous les jours de ces personnages? Ne se sont-ils pas « créolisés » ? Pour l’entourage, la question du retour n’est plus envisagée, et si elle se force à l’esprit, c’est qu’un événement particulier l’a déclenchée.

Combien sont ces « afropéens » – terme supplantant désormais celui de « négropolitain » – qui ne se reconnaissent pas dans les portraits déformés servis à satiété par les médias ? Et si les vraies préoccupations d’une grande majorité d’entre eux, ne se situaient pas dans la confrontation perpétuelle à des questions de survie, mais plutôt dans le choix d’un vêtement seyant pour un speed-dating ou encore celui d’un tissage ? Dit comme cela, on croirait le roman superficiel. Pas du tout. Le lecteur est au contraire heureux de voir se déplacer les centres de gravités sur des thématiques courantes. Et derrière la désinvolture, se cachent aussi des blessures plus profondes – le fameux Blues d’Élise à découvrir.

Léonora Miano, Blues pour Élise - Séquences afropéennes saison 1, Paris, Plon, 2010, 210p. 18€ 

 

 

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