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On a lu : Maryse Condé, « En attendant la montée des eaux »

Nombreuses sont les œuvres saluées par la critique qui ont ponctué la longue carrière de Maryse Condé, une des écrivaines caribéennes francophones les plus traduites dans le monde. Les affres de ses personnages se gravent dans la mémoire des lecteurs de Ségou, La vie scélérate ou encore Célanire cou-coupé. Il en sera certainement de même avec ce seizième roman aux stries douloureuses et aux maux sans hérédité dans l’attente de la montée des eaux, lesquelles enseveliront tout sur leur passage, même l’origine des malheurs.

 


Malien de père, guadeloupéen de mère, l’enfance du protagoniste Babakar Traoré se déroule au Mali sous l’aile protectrice de Thécla Minerve dont les yeux aussi bleus qu’inquiétants l’isolent des femmes de son entourage, lesquelles la traitent volontiers de sorcière. Le jeune garçon voue néanmoins un amour sans bornes à cette mère aimante et possessive qui n’apparaitra bientôt plus que dans ses rêves.

Et pour cause, le malheur vient frapper très tôt à sa porte, et Babakar Traoré se trouve projeté hors des sentiers battus après que les linceuls ont été déposés sur ses parents et grands-parents. Le sentiment d’appartenance à une terre étant inextricable des liens affectifs tissés patiemment, il s’en ira.

Dans ce roman, le lien maternel tel un fil invisible soude mystiquement l’enfant à celle qui l’a porté. Cette relation privilégiée revêt des contours œdipiens pour le protagoniste, tenu par cette promesse d’amour fidèle et exclusif à une mère devenue chimère. C’est donc logiquement que Babakar embrasse la profession d’obstétricien comme s’il souhaitait toujours être témoin aux premières loges du miracle de la vie, en être l’artisan à défaut du concepteur.

Ainsi, le rideau se lève en Guadeloupe où le médecin abhorre la perte en couche d’une jeune réfugiée haïtienne. Le bébé Anaïs est sauvé des chairs encore moites de la défunte. Cet être fragile bouleverse Babakar, l’esseulé au point qu’il décide de ne plus s’en séparer et se risque à la paternité en l’adoptant. Par amour pour Anaïs, Babakar sillonne les villes et les campagnes d’Haïti en quête de réponses sur la véritable identité de sa mère une certaine Reinette, aidé de ses compagnons d’infortune Morva, l’Haïtien qui aurait pu être le beau-père légitime d’Anaïs et Fouad, le Palestinien se faisant passer pour un Libanais dont une partie de la famille a été décimée lors des massacres de Sabra et Chatila.

Le lecteur suit sans ciller les itinéraires de ces destins meurtris qui foulent souvent du pied une misère tentaculaire, lot des peuples les moins nantis. Côte d’Ivoire, Ébernuea la fictive, Palestine, Liban, Haïti ; partout la pauvreté aux accents vaguement identiques est teintée de guerres, guérillas, coups d’état, viols, exactions, incendiaires.

Ce périple étourdissant mène le protagoniste au cœur de la société haïtienne, de la facette sombre des organisations internationales, de la dévotion, de l’amitié, de la violence, de la dictature, de l’acharnement climatique avec pour acmé les inondations. Avant même que la terre ne s’assèche, une autre bourrasque s’annonce déjà plus dévastatrice que la précédente. Et en attendant la montée des eaux ; la vie, la mort, l’insondable, les songes, les apparitions, les regrets, les souvenirs, la trahison, la mémoire, l’existence, le tremblement…la terre.

Un roman arachnéen sur la nécessité de rendre intelligible son destin, même si apatride, immigré, exilé, rejeté.

A.N.

 

Maryse Condé, En attendant la montée des eaux, Paris, Lattès, 2010, 368p. 19 euros (prix France hexagonale)
Parution : août 2010

 

Pour sa première édition, le Grand Prix du Roman 
Métis de la Ville de Saint-Denis
 (La Réunion) a été remis en décembre 2010 à Maryse Condé « En attendant la montée des eaux » paru chez Lattès.

 

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