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Maryse, « la Reine-mère » pour Catherine Le Pelletier

J’ai découvert Maryse Condé au fil de mes lectures. Mon  cursus scolaire classique n’offrait aucune ouverture sur la littérature caribéenne et c’est le dynamisme de libraires, à Cayenne, qui m’a permis d’accéder à ses ouvrages.

Nous nous sommes rencontrées pour la première fois dans une cabine de maquillage, à RFO Guyane, à Cayenne. Nous devions enregistrer, dans les conditions du direct, un numéro de mon émission littéraire télévisée, Encre Noire. Alors que je me sentais assez stressée, elle m’est apparue, tout sourire, manifestement contente d’être là.
Elle sortait de l’avion en compagnie de Thierry Jean-Charles - à l’initiative de sa venue en Guyane - responsable d’une librairie. L’idée d’enregistrer, pendant une heure à la télévision, un magazine sur son œuvre, lui plaisait. Son mari et traducteur, Richard Philcox était présent. C’est de ce jour-là, qu’est née l’amitié-complice que nous avons partagée tous les trois en Guyane, en Guadeloupe et aux Etats-Unis.

 

Cependant, lorsque vous rencontrez pour la toute première fois un auteur de la carrure de Maryse Condé, vous êtes impressionnée. Nous la surnommons – auteurs, journalistes, musiciens,… - « la Reine mère ». D’autant que sa réputation la précède… On se demande comment cela va se passer. Et lorsque l’on perçoit la fragilité de l’auteur - parce qu’en interview de télévision l’invité se livre - on la voit différemment. Sous couvert d’une personnalité ressentie par certains comme difficile, dont l’expression est parfois surprenante, se cache une dame, une femme, une petite fille très attendrissante.

Ce qui m’a le plus émue, lors de cette « première fois », outre Maryse elle-même, c’est la « classe » de son mari, Richard. Poli, aimable, il savait s’effacer, sans pour autant être absent, rassurant. Plus tard, plus avant dans notre amitié, cette même gentillesse l’a toujours accompagné. C’est quelqu’un de fort.

Lors de cette rencontre, j’ai tout de suite apprécié la franchise de Maryse Condé, sa capacité à dire les choses, sans calcul. Et en même cette sincérité, appréciable, est troublante car avec elle, il n’y a pas de « cinéma » : les choses sont dites, comme elles sont pensées.

J’apprécie aussi son humilité, c’est pour cela que j’aime autant La migration des cœurs. L’hommage qu’elle y rend à Emilie Brontë est magistral et plein de respect. Il est exactement à contresens de ce qui peut se dire parfois de la personnalité de Maryse que certains, à tort, qualifie de « hautaine ». Voilà une splendide réponse à cette vue erronée de sa personnalité.

Autre réponse cette fois à New York, où je tournais un nouveau numéro de mon magazine culturel Encre Noire. J’étais chez elle, dans son appartement, non loin de Columbia University où elle enseignait. Maryse voulait, de façon obstinée, rencontrer Beethova Obas qui vivait à l’époque aussi à New York. Nous devions l’interviewer. Elle s’est démenée : un soir, fière et impériale, elle l’a reçu, chez elle, autour d’un couscous qu’elle avait cuisiné. Elle rayonnait ! Deux ans après, en vacances en Guadeloupe, elle a organisé son anniversaire chez elle, à Montebello, avec comme invité surprise ... Beethova Obas. Un sourire de ravissement illuminait son visage tout au long du concert privé qu’il lui a offert.

Et pourtant, Maryse Condé pourrait s’enorgueillir : ses ouvrages amènent une proposition de lecture du monde. De compréhension d’événements, d’émotions, de sensations qui peuvent jalonner la traversée d’un être humain. En ce sens, ses thèmes, avec les valeurs fondamentales que sont l’amour, le respect de l’Autre, le non racisme, la condition de la femme au fil du temps en divers pays, la famille, sont essentiels pour une perception fine des tumultes de la vie. C’est bien à travers ses romans, que l’on perçoit les fracas qu’elle a eu à subir.

En ce qui concerne son écriture, la vivacité du style condéen anéantit l’écart qu’il pourrait y avoir avec le lecteur. Ce dernier est en état d’immersion dans l’imaginaire de Condé, lorsqu’il lit un livre d’elle. En tous les cas, moi, j’y étais en plongeant dans En attendant la montée des eaux, le dernier livre que j´ai lu d´elle.

Reste sa liaison contradictoire avec la Guadeloupe. Apparemment, elle s’en serait détachée, en l’ayant quittée déçue. Mais Maryse Condé, pour universels que soient ses thèmes, reste fondamentalement guadeloupéenne. Ses différents engagements politiques, sa façon d’intervenir, de dire, de voir les choses, sont ceux d’une « Pointoise » qui s’en est d’ailleurs expliquée dans son autobiographie d’enfance, Le cœur à rire et à pleurer.

J’aurais donc une question à lui poser :

« Maryse, il me semble que tu vas, de temps en temps, bien près de la Guadeloupe… Dernièrement, tu es allée à Cuba, où un hommage t’a été rendu pour ton œuvre. Penses-tu revenir, même pour quelques jours en Guadeloupe ? »

 

Catherine Le Pelletier

Catherine Le Pelletier est journaliste et écrivain. Elle a publié divers ouvrages sur la Guyane, la Guadeloupe et la littérature caribéenne contemporaine. Elle est également responsable du site guadeloupe.la1ere.fr. Docteur en lettres, elle est également chargée de cours à l'UAG.


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