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Les musiciens de Kan’nida : « yo ka travay ! »

2011-rene-geoffroy-webÀ l’occasion de la fête des musiciens du 22 novembre, Gens de la Caraïbe choisit de s’attarder sur le réputé groupe guadeloupéen de gwoka Kan'nida composé de musiciens amateurs, dans le sens où la plupart ne vit pas de cette pratique mais ne pourrait pas vivre ... sans cette pratique.

Ainsi, malgré leur statut « amateur » la formation ne cesse de participer à de nombreux festivals internationaux (Copenhague, Genève, Rabat, Angoulême, Paris, Nouvelle-Orléans, etc.) ainsi qu’à d’innombrables léwoz au pays. Kan’nida n’hésite pas à investir ses propres deniers pour produire quelques-uns de ses nombreux CD  et vit en gwoka tous les rites sociaux guadeloupéens (veillées mortuaires, rites du travail notamment les koudmen, et rites de la fête). Kan’nida fait du gwoka un patrimoine terriblement vivant.



Récemment endeuillé par la perte d’Hilaire Geoffroy, l’un de ses membres fondateurs, Kan’nida demeure l’une des formations de gwoka les plus anciennes et les plus appréciées du public guadeloupéen et connue bien au-delà des frontières de l’archipel. La population nombreuse réunie le mercredi 16 novembre  2011 sur la plage des Galbas (Sainte-Anne) pour un ultime coup de tambour en l’honneur d’Hilaire Geoffroy jusqu'à 09 heures du matin, atteste du capital sympathie qu’a su entretenir le groupe au fil des décennies.

Kan’nida, c’est avant tout une histoire de famille sainte-annaise pétulante au travail pour perpétuer la tradition des chants de veillées en Guadeloupe dont Sainte-Anne  (Grands Fonds) est l’un des bastions les plus importants en Grande-Terre « dépi antan Giab té ti bolom »*. Riche de l’héritage de leurs parents, feu-Hilaire Geoffroy et son frère Zagalo (éleveur) décident au début des années 1980 de former Kan’nida qui tire son nom d’un chant de labour originaire de la région de Sainte-Anne et reflète profondément ses valeurs et son ancrage dans le milieu du gwoka. René (chef d’entreprise) et Christiane (animatrice culturelle) Geoffroy,  Cathy Etienne (organisatrice d'événements), Fred Anasthase (gardien), Chastas Kaban (ouvrier dans l’aluminium), Jimmy Luit (boulanger), pour ne citer que quelques-uns des percussionnistes makè, répondè, choristes, danseurs, chanteurs, compositeurs se dévouent depuis lors, corps et âme à cette passion avec une générosité sans égale.

À l’heure où le débat public le plus discuté dans le domaine musical polarise l’attention sur l’inscription du gwoka sur la liste représentative du Patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, il n’en a pas toujours ainsi pour cette pratique longtemps réprimée, sous le joug de plusieurs arrêtés municipaux dans les années 1960 et jusque dans les années 1990 (l’emprisonnement de Sergius Geoffroy à la prison de Sainte-Anne pour l’empêcher de jouer à une veillée dans les années 1970 en est un exemple probant). Lorsque les foyers ne disposaient pas tous de l’électricité, cette musique fut l’une des rares à animer les temps forts de la vie des Guadeloupéens aussi bien les veillées mortuaires que les fêtes populaires ou les célébrations familiales. D’où le combat de Kan’nida pour la réhabilitation du gwoka au prix de gageures répétées, lesquelles n’ont entamé ni sa détermination, ni son appétence à transmettre. Autre époque, autres mœurs qui traduisent le chemin parcouru jusqu’à l’appropriation du gwoka par les Guadeloupéens toutes classes sociales confondues, lui reconnaissant sa portée revendicatrice, culturelle, éthique, identitaire, mais aussi son ouverture, le sens du partage et de l’échange qu’il véhicule.

2011-kannida-webAujourd’hui Kan’nida jongle avec un agenda rempli pour cette formation non professionnelle comprenant plusieurs tournées cette année 2011, sa présence coutumière au festival de gwoka de Sainte-Anne, la pléthore de léwoz auxquels ils participent, une invitation à participer au Womex, le plus grand marché des musiques du monde en octobre dernier à Copenhague. Cette invitation fut possible grâce à l’initiative des Journées de la diffusion organisées par Rèpriz (centre des danses et musiques traditionnelles de Guadeloupe) en début d’année qui réunissaient des responsables de salons et marchés internationaux –.  Les suites de ces rencontres semblent extrêmement prometteuses pour Kan’nida, mais aussi pour le monde du gwoka en termes de diffusion plus vaste.

Sur toutes les scènes internationales, Kan’nida en tant qu’ambassadeur de la musique traditionnelle se fait un point d’honneuder d’offrir le meilleur, et ce, bien que ses projets soient portés à bout de bras depuis plus de trente ans, cela a d’ailleurs fait l’objet d’un titre phare tiré de leur dernier album « Nou ka travay » (2010, autoproduction), à l’adresse d’un responsable de la culture, qui les a reçus sans savoir qui ils étaient. Ce à quoi le chanteur dépité ironise « an poko jenmen wè sa ! ». Sans financement si ce n’est une subvention obtenue cette année du Conseil général, la formation continue de se produire bon gré mal gré, et a déjà mis en scène trois spectacles musicaux très populaires : « La véyé O Swé la », « Kenzenn », « Bodè Bèlè ».
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Ainsi, avec la disparition il y a près de 20 ans de Sergius Geoffroy, pilier avant l’heure des veillées culturelles, puis tout récemment celle d’Hilaire Geoffroy, deux bons vivants selon Jean-Louis Gustave, le manager de Kan’nida, la famille du gwoka et particulièrement Kan’nida auront à cœur de poursuivre ces traditions vectrices de sens, d’amour et de cohésion.

Yo ka travay ....  yo ja travay .... yo ké travay !


Ayelevi Novivor



Kan'nida en chiffre


  • 12 CD enregistrés + 6 « 33 tours »
  • La formation (sous le statut d'association loi 1901) compte une trentaine de personnes
  • En léwoz, jouent entre 12 et 15 personnes
  • Formule légère sur des scènes hors Guadeloupe  9 musiciens  + un technicien
  • 31 années d'activités
  • Plus d’une centaine de représentations

 

Concert à venir de Kan'nida le dimanche 4 décembre 2011 à 16h30

à la Cité de la musique (Paris) dans le cadre de « Rituels afro-caribéens »

En savoir plus

 



© Photos : Laurent de Bompuis

 

* depuis des temps immémorables, depuis longtemps

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