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Des lecteurs témoignent

Maryse Condé, É’moi !

J’ai découvert Maryse Condé lors d’un magazine télé où Bernard Pivot l’interrogeait à propos de son dernier ouvrage « Ségou ». La révélation pour moi, ce fut d’apprendre qu’elle avait les mêmes origines antillaises que moi : en effet, je ne connaissais d’elle que son nom et le titre de son livre qui évoquait, à mes yeux d'Antillaise, les territoires d’Afrique. Après ce rendez-vous télévisé, je m’attachai à lire, dès que je le pouvais, Maryse Condé qui devait devenir un de mes auteurs préférés : «La vie scélérate » (Seghers,1987) puis ce fut « Pays mêlé » (Hatier, 1987) où je redécouvrais l’essence paradoxale de nos « péyi » Guadeloupe ou Martinique.

Et, je privilégie deux souvenirs essentiels avec Madame Condé. Lors de mon premier séjour à New-York, une de mes amies me demanda de l’accompagner à l’Université Columbia afin de voir une autre de ses amies. Et cette autre personne était... Maryse Condé, l’écrivain que j’admirais tant !  Nous sommes restées en contact, puis l’année suivante,  j’ai même eu l'honneur de séjourner quelques jours chez Madame Condé à Manhattan.

Quel bonheur ce fut de partager son quotidien, de manger à sa table - elle est un véritable cordon bleu ! et de l’écouter parler de sa vie, de sa famille, de ses rencontres personnelles ou professionnelles. C’est probablement la première fois que j’en parle de manière publique tellement ce fut pour moi un temps  « extra-plus-qu’ordinaire ». Je dois signaler sa profonde gentillesse presque maternelle à mon égard pour me mettre à l'aise et vous avouer que j’étais profondément intimidée jusqu’alors puisqu’elle me semblait plutôt inaccessible.


Toujours en émoi, en songeant à ces moments, je dois dire que ce que j’ai surtout apprécié chez elle c'est son franc-parler, son répondant lors d’interviews, ses analyses et son intégrité qui caractérise sa personnalité. Cependant, le plus troublant probablement est son côté maternel et son attention face à l’autre qu’elle estime ou apprend à connaître.

Ce qui me fait sourire chez Condé, c’est sa manière d'apostropher quand elle veut convaincre, j'ai aimé l'écouter dans de nombreuses interviews ou dans des colloques. J'ai une fois participé à une des ses interventions à l'Université de Columbia  et je me souviens du respect que lui portent ses étudiants et ses pairs.

Et, en fin de compte pour la qualifier, mon adjectif serait « énigmatique », même si elle a écrit sur sa vie, elle nous laisse quelques mystères sur son histoire, ses émotions lors de l’adolescence ou de sa période africaine. Et j'aouterai certainement « militante ».


Finalement, en repensant à tout cela, l’écriture de Maryse Condé a marqué ma vie, même inconsciemment. Mme Condé marque par son verbe comme une gestuelle, laissant une empreinte afro-caribéenne qui s'ouvre à l'autre. Et, quand bien même on lui reprocherait un temps son « exil » africain, elle est profondément caribéenne, enfant de sa terre Guadeloupe ouverte à toutes les cultures.

Et avant de conclure, voici  une anecdote avec Maryse : je lui ai fait lire un jour une de mes nouvelles, et cela reste un souvenir attachant parce qu'elle m'avait conseillé de continuer à écrire. C'était un témoignage d'encouragement, me signifiant également que l'écriture n'est pas simplement histoire de don mais qu'elle était le résultat de beaucoup de travail et d'acharnement.

J’ai relu Maryse Condé il y a peu, notamment « Histoire de la femme cannibale » (Mercure de France, 2003) que j’ai beaucoup aimé - même si je ne l’ai pas pénétré tout de suite, et le plus récent « En attendant la montée des eaux » (Lattès, 2011), qui, je crois, m'a le plus marquée. Un fabuleux voyage aux portes des sentiers (d'histoire) africains, caribéens et haïtiens. Elle nous trace à travers ses pages un voyage qui nous initie à son parcours littéraire, à « l’écrire façon Condé », une lecture intimiste comme une confidence.

Si je devais lui poser une question ce serait : « Sur quel sujet auriez-vous aimé écrire, ou auquel vous avez renoncé ou que vous n'avez pas encore abordé ? » .


Migail Montlouis-Félicité
Rédactrice, photographe, chroniqueuse (free-lance)

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