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Résultats concours photo

Entretien avec Marian Fuchs, lauréate du concours Condé.

maryse-conde-marian-fuchs-ombreMarian Fuchs remporte le premier prix du jeu-concours photo proposé dans le cadre de l'hommage rendu à Maryse Condé du 11 février 2011 au 11 février 2012 sur le site de Gens de la Caraïbe. Marian Fuchs a élaboré avec beaucoup de poésie trois clichés mélant aussi bien des images d'objet qui ont du sens pour elle que l'absence d'élements qu'elle juge superflus. C'est le regard d'une plasticienne équipée d'un appareil photo sur une écrivaine.

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GdC : Comment êtes-vous arrivée à réaliser cette photo choisie par les adhérents de Gens de la Caraïbe qui ont apprécié, entre autres, le symbole de l'éternelle jeunesse de l'oeuvre de Maryse Condé ? (Photo avec les fillettes avec la légende « une écrivaine – un livre -  deux langues – deux petites graines » )

Marian Fuchs : Cela me fait plaisir car c'est une des idées que j'ai nourrie dans ce cliché. J’ai travaillé avec ma fille et une de ses amies proches. Elles ont cinq ans et représentent bien évidemment le futur mais aussi ce que nous leur donnons comme valeurs, comme nourriture intellectuelle à travers notamment les livres. C’est la seule nourriture qui fasse grandir aussi les adultes (rires). 

J’ai donc travaillé une idée dans ma tête puis leur ai expliqué le concours. Une fois leur accord obtenu, nous avons dansé, je les ai filmées et ensuite on a joué avec les livres en disant des mots rigolos. 

Le résultat donne ce regard malicieux, cette complicité gaie et ce jeu autour de ce livre qui m’a touchée parce qu’il parle d'une situation dans laquelle je suis et sera peut-être ma fille un jour. Ni blanche, ni noire…

J’ai pris les couvertures du même récit « Victoire, les saveurs et les mots»/« Victoire, ein Frauenleben im kolonialen Guadeloupe » en deux langues (allemand et français). Deux langues signifient aussi deux cultures qui peuvent croire s’opposer et sont pourtant étroitement liées.  Comme ces deux fillettes qui peuvent s’enlacer et cinq minutes après se chamailler pour un rien, pour redevenir les meilleures amies du monde, à nouveau se disputer, etc. Sur cette photo,  nous avons donc deux langues, deux cultures, « réunies » par un livre, un récit commun.  L’idée pour moi était de montrer que le livre nous permet (aussi) de comprendre comment fonctionnent la culture, la vie des autres. »
 



GdC : Cet enfant avec son sac à dos, est-ce une photo posée ?

M.F. : Pas du tout ! Il ne s’agit pas d’une photo de studio avec des lumières travaillées.  J’ai voulu faire cette photo le matin sur le trajet de la maison à l’école maternelle sachant qu’elle aurait son sac à dos avec elle.
Ce jour-là, la lumière était particulièrement belle. C’était encore tôt quand le  jour est encore « jeune » , à venir et non « dépensé » encore. Cette ambiance matinale symbolise la jeunesse si l’on veut, à laquelle on associe énergie et vitalité.  En même temps, le matin nous stimule  tout le temps à aller vers les choses nouvelles, tenter de nouvelles expériences, de nouveaux possibles avec beaucoup de dynamisme. Une fois que ma fille a accepté l’idée de la photo et du concours, elle est restée naturelle et j’ai pu prendre plusieurs clichés.

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GdC : Quel sens a ce sac à dos ?

Toute enfant de 5 ans qu’elle est, j’imagine qu’elle peut mettre dans son sac à dos les expériences qu’elle a déjà vécues, les moments avec des gens qu’elle aime, les choses importantes.

 Ce sac l’accompagne partout et elle peut y puiser ce dont elle a besoin pour continuer à avancer. Elle pourra aussi y mettre tout ce dont elle a besoin, notamment son livre, comme un casse-croûte qui la nourrira assurément et l’aidera à comprendre la vie.

Cette photo, c’est le résultat de ces pensées. Ce que je tente c’est de faire que le spectateur se demande ce qu’elle a de spécial, de le faire s’interroger sur justement ce qu’on ne voit pas sur la photo. En quelque sorte qu’une surprise se révèle à lui. Pour moi si cela fonctionne, la photo est réussie !

GdC : Dites-nous quelques mots sur cette dernière photo avec cette association d'ombre, de livre et de sable comme images ?

C’est ma préférée.
 J’ai  pensé aux tropiques en associant des couleurs chaudes, un lecteur, le livre et le sable.
Mais j’ai pensé aussi aux différentes odeurs, des sons et des bruits … un marché … la vie tout simplement.

maryse-conde-marian-fuchs-ombreCe que l’on devine sur la couverture du livre, j’ai voulu que ce soit visible sur la photo … ce moment ...  sur un marché ... sous les tropiques. Nous reconnaissons facilement une femme qui est assise avec un chapeau devant sa marchandise qu’elle propose au passant. Elle vend des oranges. Les fruits en général signifient  la maturité dans le sens d’un développement achevé. Dans la mythologie chrétienne par exemple les agrumes symbolisent la pureté et la vie éternelle et déjà durant l’Antiquité c’étaient les agrumes qui offraient la jeunesse éternelle aux dieux. J’ai joué autour de ces idées-là d'une part et d'autre part autour de cette ombre qui sort du livre.


En aucun endroit de la photo, se dessine une délimitation claire de l’ombre, cet espace sans lumiere, cette surface non éclairée sur du sable.
L’ombre est la projection d’une personne qui est avant la source de lumière. Nous nous demandons qui lit ce livre ? Nous connaissons l’auteur et le livre mais nous connaissons rien sur le/les lecteurs !

Pour moi le sable c’est le temps qui passe, des multitudes, multitudes de points de vue, de situations.  Je l’associe aussi aux aborigènes et leur art de la peinture de sable dans un sens religieux. Le sable, je l’associe aussi aux mandalas ou aux jardins Zen. Et enfin, des traces dans le sable nous renvoient aussi à notre propre caractère éphémère.

J’ai aimé l’idée de cette ombre qui s’allonge, difforme, qui donne une idée flou du lecteur ou de ce qu’il a « digéré ».

GdC : Comment sont nées ces photos dans votre esprit ?

Je suis peintre, dessinatrice et graphiste. En général, quand je travaille un objet et son image, j’essaye toujours de faire abstraction du superflu pour ne garder que l’essentiel. Même si tout ce qui a été enlevé hante justement par son absence ce qui reste sur le papier ou la toile.
Pour la photo, c’est un peu pareil, voire plus fort. L’image que l’on voit dans la photo, non seulement ne montre qu’un petit bout de la réalité mais ne donne aucune impression de bruit ou d’odeur. Si la photo (ou le dessin) est réussie, alors celui qui la regarde arrive à se connecter  à son intuition et à voir, entendre, sentir ce qui manque, voir le monde caché derrière. Pour citer Andy Warhol, qui parlait là de «rencontre miraculeuse» en précisant « je veux trouver le vide dans le cœur de l'image ». C’est un peu ce que je cherche à révéler en cherchant à montrer dans son image ce qu’un objet a d’unique.

GdC : Qu’avez-vous aimé dans l’écriture de Maryse Condé ?

Dans « Victoire, les saveurs et les mots », j’aime l’idée d’une grand-mère cuisinière.
Je pense aussi que l’art de cuisiner caractérise bien l’art éphémère,  tout comme la musique. 
Ensuite, j’ai été intéressée par cette interrogation des rapport entre noirs/blancs, par les tentatives politiques évoquées dans le récit de changer l’ordre établi, par ce rappel de l’Afrique comme berceau de l'humanité. Maryse Condé nous rappelle que nous venons d’une même famille et que pourtant le paradoxe de l'humanité est de « célébrer» une  hiérarchie entre les différentes couleurs de peau.

Enfin, j’ai aimé la chaleur de ses mots (que l’on ressent aussi dans la version allemande) qui m’ont touchée parce qu’ils parlent aussi de ma propre histoire familiale.

 

Marian Fuchs, artiste plasticienne, graphiste , vit et travaille à Berlin. Membre de l’association GAPH (Société Philosophie Africaine) située à Berlin, qui valorise la philosophie et la vie intellectuelle africaine à travers des rencontres avec des penseurs et l’alimentation d’un fonds bibliographique.


Berlin, le 10/02/2012
Entretien réalisé par Karole Gizolme

En savoir plus sur l'Année Maryse-Condé 2011-2012

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