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On a lu : « Coups de soleil » de Max Jeanne par S. Jésus

2012-jeanne-max-coups-soleilCet ouvrage sera présenté à la médiathèque Raoul-Georges-Nicolo du Gosier le 11 janvier 2013  avec le club de lecture ASCODELA* autour du recueil de nouvelles de Max Jeanne "Coup de soleil", à 18h30 à la Médiathèque  du Gosier
*ASCODELA : Association pour la connaissance des littératures antillaises


Personnifiant le soleil, Hélios a pour fonction de révéler ce qui se passe sur Terre. Comment se comportent ses habitants. En l’occurrence les Guadeloupéens.


Max Jeanne, qui nous avait donné en 2011 un recueil de poésies, « Borlette », publie aujourd’hui un troisième recueil de nouvelles rassemblées emblématiquement sous une même thématique, celle du soleil. Ses Coups de soleil qui se proposent de « jeter une  lumière crue […] sur certaines de nos zones d’ombres », font à la fois référence à la lucidité dont se réclamait le poète René Char et à l’absurdité de comportements que rien ne peut expliquer, comme dans L’Etranger de Camus, si ce n’est  …. la prégnance du soleil.

« Nouvelles », indique le sous-titre du recueil qui aurait tout aussi bien pu s’intituler Le Dodécaméron, puisque ces nouvelles sont au nombre de douze. Comme les douze mois de l’année qui sont nécessaires à Hélios pour que son char effectue un tour complet autour du soleil.

La référence au temps et à son écoulement constitue un autre thème majeur qui traverse en filigranes des récits aux allures de faits divers authentiques. Une indication horaire, « 18 h », fait référence au coucher du soleil.  Certaines dates très précises, comme celle du « 29 août 1979 » qui renvoie explicitement au passage du cyclone David, renforcent la crédibilité de la fiction.

La précision de telle autre, « Paris / mardi 11 mai / 8 h 30… », à laquelle ne manque que l’essentiel, l’année, surprend. De façon plus générale les références au temps, n’obéissent à aucun ordre chronologique, l’agencement des nouvelles relevant davantage, semble-t-il, de la mémoire affective. Comme en témoigne cette entrée en matière  de « Coiffeur à domicile », sorte de confidence  méditative sur le temps qui passe : « Une de plus ou de moins au début, ça ne compte pas. Et puis, sournoisement, les années grimpent à la courte échelle sur ta tête cendre et farine ».

Les brûlures dont souffre la Guadeloupe sont donc montrées, sans complaisance, sous un jour cru. La violence, la délinquance, le vandalisme, les trafics en tout genre, la corruption des responsables politiques, le racisme, l’indifférence au malheur des autres et l’appât du gain, tout y passe.

Comme Jean de La Fontaine dénonçant les travers de son siècle, dès l’ouverture du recueil, Max Jeanne se positionne dans la posture du moraliste avec un récit dans lequel Moril, le « Rat des Champs », sort vainqueur d’un combat de rue avec « Compère Tigre », un petit caïd.

Dans nombre d’autres nouvelles, la morale est bafouée et aucune justice n’est rendue, soit parce que l’affaire est étouffée, soit parce que c’est la victime qui est sanctionnée. Face à l’impuissance de la justice des hommes, une autre justice s’exerce parfois. Ainsi Javert, le policier qui se livre sans le moindre souci d’humanité à la chasse aux Haïtiens clandestins, méprisant leurs croyances vodous, finira par être puni par où il a péché, en devenant lui-même « possédé ».

Comme dans cette nouvelle dans laquelle le personnage est désigné par un surnom, le propos de Max Jeanne reste général et ne procède à aucune mise en accusation personnelle. Ainsi l’avocate élue politique qui parade du Salon du Livre de Pointe-à-Pitre à la Foire internationale du Livre de Cuba, est désignée sous le nom de Lolita, tandis que cet autre responsable politique « pilier des épiceries-buvettes » se voit attribuer un sobriquet pour le moins emblématique, Lolo. Le propos est néanmoins très clair et peut se résumer à la formule : INDIGNEZ-VOUS !

 


Si par certains côtés ces nouvelles évoquent des fables, plus communément le ton utilisé par Max Jeanne est celui des conteurs. La fiction semble parfois servir d’illustration à tel ou tel proverbe créole. Ainsi le malheureux sort qui attend le « Coiffeur créole » confirme le dicton populaire « ravet pa ni rézon douvan poul », de même que l’affrontement meurtrier de deux bandes dans « Tête brûlée » renvoie, comme le texte l’indique expressément à « Deux crabes n’habitent pas le même trou ». Le ton employé est d’ailleurs bien souvent celui de l’oralité du conte, recourant volontiers au langage familier, aux abréviations et onomatopées ainsi qu’au vocabulaire créole et aux expressions imagées forgées à partir de l’univers familier des Antilles. Il en est ainsi du giraumon (« Retourne dans le giraumon de ta maman »), du bouquet à soupe (« …ample robe de corps arrimée tel un bouquet à soupe autour de sa taille de bougresse »), ou encore de la mangouste (« Vif comme une mangouste traversant le pile ou face de la rue… »). L’ironie vient alors  servir l’indignation du conteur.

Toutefois la veine satirique se double d’une autre tonalité, celle de la compassion pour les victimes. Ainsi le narrateur semble bien éprouver une réelle empathie pour Kako, le vaillant petit « coiffeur à domicile » qui, une fois son minibus vandalisé, sera l’objet des médisances de son entourage avant d’être victime d’une administration toute kafkaïenne. Les membres de la société guadeloupéenne ne sont pas tous des « ripoux ». Gabou, le « Bossu de service » fait preuve d’altruisme et d’humanité, se chargeant de toutes les démarches et frais occasionnés pour enterrer dignement un mort dont personne ne veut. Quant à Marylyn, « La Dame aux caméras » venue à Paris pour être actrice, le récit de sa déchéance est des plus pathétiques.

Dans cette nouvelle, « La Dame aux caméras », la dernière du recueil et la seule dont le titre désigne un personnage féminin, le narrateur utilisant la première personne se dédouble pour inclure, à l’intérieur de son récit, un autre récit qu’il avait signé, vingt ans auparavant, du nom de P. Legriot. Nous croisons ce même personnage de narrateur enseignant-poète ressemblant comme un double à l’auteur, dans d’autres nouvelles. « Peau de bourse », la plus longue des nouvelles, est le récit d’un premier amour contrarié avec une Saintoise dénommée Maryann. De fait, cette incursion du narrateur n’est pas la seule. Comme Jean de La Fontaine dans la fable « Le songe d’un habitant du Mogol », la voix du narrateur prend parfois le relais de celle de son personnage. Ainsi, au blues du gardien de phare constatant la disparition du « Banc de sable » après le passage du cyclone David, succède un épilogue aux accents élégiaques : « Adieu oursins, palourdes et poissons-soleil de l’enfance ! Et devant vedettes et voiliers des plaisanciers mouillant à longueur d’année sur le plan d’eau, naguère encore dévolu aux seuls pélicans escortant les bancs nomades de caillis, parfois je me demande, dans mon blues, si, comme ma jeunesse, l’îlet même, un prochain jour, ne sera pas aussi que sable que vent emporte. »

Comme le prouve ce dernier exemple, derrière le conteur-chroniqueur de faits divers et le moraliste,  le poète n’est jamais très loin. Pour la maquette de son recueil « Coups de soleil », Max Jeanne a fait le choix judicieux d’une sculpture récente de François Piquet, « CARICOM ». Une sculpture métaphorique (et donc poétique) de son recueil. Des bois flottés  assemblés suggèrent le buste d’un homme dardant des pointes acérées d’aluminium. Un buste sans peau, où la chair est comme mise à nu. Un buste par ailleurs prêt à l’attaque !

Après la « Lettre ouverte à la jeunesse » d’Ernest Pépin, Max Jeanne, de plain-pied dans l’actualité brûlante de la Guadeloupe, est entré en combat.

 

Scarlett Jésus, 27 juin 2012.

Max Jeanne est invité du 17° Salon du livre de Pointe-à-Pitre 2012 et sera notamment l'invité de la causerie    Parcours d’écrivain … Récits officiels, récits officieux ?
Jeudi 18 octobre 2012  - Pavillon de la ville 18h00–19h00

Max Jeanne, Coups de soleil (Editions Nestor, Guadeloupe, 2012)
12 euros, 158 pages.
ISBN 978-2-36597-011-2

> Max Jeanne sur Ile en ile  avec une entretien passionnant sur son parcours, son œuvre et son engagement pour la Caraïbe

> Borlette de Max Jeanne, (Editions Nestor, Guadeloupe, 2011)

> Max Jeanne’s new collection of short stories Coups de soleil (Editions Nestor, 2012) has just been published.

Max Jeanne was born in Gosier (Guadeloupe). A professor of literature, poet, storyteller, short-story writer and novelist, Jeanne actively participates in associations and literary life on his island as well as in international colloquia. He is also the author of the novels La chasse au racoon, roman guadeloupéen (Paris: Karthala, 1980); Jivaros (Paris: L’Harmattan, 1993), Tourbillon partenaire (chronique des jours-Soufrière) (Paris: L’Harmattan, 2000), and Brisants (Montréal: Mémoire d’encrier, 2007). His collections of short story books include L’aveugle et le cerf-volant (Guadeloupe: Ibis Rouge, 1998) and Un taxi pour Miss Butterfly (Paris: L’Harmattan, 2003).

Source : Repeating Islands

 

 

 

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