Recevoir nos informations

S'abonner

Inscription à la Lettre d'informations culturelles caribéenne « Ici et là-bas » mais à des listes concernant des créations/actualités culturelles par territoire
Hasta pronto! Adan an dòt soley

On a lu : « Négropolis » de Alain Agat

 

Alain Agat, scénariste ayant fait ses premières armes dans les séries policières et documentaires sociétaux, se lance dans le roman policier et dresse un portrait scrupuleux de jeunes Antillais urbains.

En matière de gangstérisme, les modèles affluent du côté des légendes italiennes à l’instar d’Al Capone, des Américains, des Chinois, des Russes, des Corses, mais rarement des Antillais que l’on qualifiera plutôt de petites frappes associées à la petite délinquance. Sans vouloir starifier ces caïds, Alain Agat se plonge dans leur univers pour décrypter leur psychologie, leur organisation et ses rouages.

 



Sans doute, à l’échelle d’une île de la Caraïbe, la vie des gangs peut paraître paisible. Or, dès les premières pages de ce roman, l’atmosphère oppressante renferme une violence omniprésente : celle de la langue, du langage du corps, des lieux, des décibels et surtout des actes. Au centre, la drogue cadenasse les individus dans une espèce de pacte indéfectible.

Depuis la Guadeloupe, Chacal, le Dominiquais règne sans partage sur ce business.  Mû par un sens des affaires et une intelligence hors pair, il a réussi à étendre ses activités criminelles jusque dans l’hexagone où un gang composé de Martiniquais et Guadeloupéens organisé hiérarchiquement, dirige d’une main de fer la vente et la distribution de la drogue. Loin des yeux, Jean-Claude Bertrac alias JC, l’un de ses pions placés en région parisienne le berne depuis quelque temps. S’en rendant compte, Chacal décide de le liquider et d’aller sur place pour la première fois, remettre de l’ordre parmi ses soldats. La sentence sera exécutée non par lui, mais par un mystérieux assassin. Pour autant, stratégiquement Chacal s’arroge la paternité du meurtre de Jean-Claude afin d’asseoir sa mainmise et sa terreur sur le marché local et national.

En parallèle, le frère de Jean-Claude, Joris Bertrac un ex-tolard décide de quitter le climat délétère de la Guadeloupe pour s’exiler en Guyane. Malencontreusement, une suite d’événements va contrarier ses projets et notamment la mort d’un de ses poursuivants après qu’il a empêché l’agression d’une jeune fille dans la rue. Entre maître-chanteur et vengeance sanguinaire, le climat s’épaissit autour de Joris qui, dans sa fuite pour la Guyane, est contraint de faire escale à Paris. Là, une nouvelle chasse à l’homme commence, avec des gangs très affutés soit pour défendre l’héritage de Jean-Claude, soit pour s’allier au grand manitou, Chacal.

Dans son roman où la délinquance adhère aux personnages, Alain Agat dresse un portrait scrupuleux de ces jeunes Antillais, entièrement acquis à la logique de la rue, aussi impitoyable soit-elle. Avec ce souci, leur donner du relief, faire de ces caïds des personnes lucides sur la société, capables d’auto-analyse, comme d’autocritique, rêvant de lendemains moins âpres.


Alain Agat, Négropolis, La manufacture de livres, Paris, 2012, 264p.  20,60 € (Prix hexagone)

© Ville de Pointe-à-Pitre, 2012


Alain Agat, scénariste martiniquais, a coécrit Nég Marron de Jean-Claude Flamand Barny et également coécrit un épisode de la série télévisée diffusée sur France 2 : Crime en série, réalisé par Pascal Légitimus. Il est coauteur de plusieurs documentaires diffusés sur Guadeloupe et Martinique 1ères, et de Paroles d’intérieur sur la grève générale de 2009 avec Christian Foret.  Alain Agat a vécu en
 Guadeloupe pendant onze ans. Il vit et travaille actuellement à Fort-de-France.

 

Alain Agat  est invité au Salon du livre de Pointe-à-Pitre et interviendra dans la causerie Parcours d'écrivain : Récits officiels, récits officieux ?
Jeudi 18 octobre 2012 - Pavillon de la ville 18h00–19h00


> à lire également :

 

 

Share