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On a lu : « Cent vies et des poussières » de Gisèle Pineau par A. Novivor

par Ayelevi Novivor

Avec son dernier roman Cent vies et des poussières, Gisèle Pineau extrait de l’ombre des femmes souvent pointées du doigt, critiquées pour leurs recours à des pratiques douteuses afin d’obtenir un surplus d’aides sociales.

 

 

 

Ravine claire, quartier délabré parmi tant d’autres, portant en lui toutes les expressions de la pauvreté. C’en est presque banal, à ceci près qu’il est construit sur des ossements d’esclaves, dont certains appartiennent à cette narratrice d’outre-tombe, défaite dans un ultime combat pour la liberté de son fils et la sienne.


Aujourd’hui en lieu et place de ce charnier, une famille nombreuse monoparentale évolue dans la seule certitude de jours ternes et de nuits blafardes.
Tout commence par le désir primaire de Gina de concevoir, donner la vie, s’occuper d’un nouveau-né, puis se scelle autour de cette obsession jusqu’à sa réalisation. Mais à quel prix ?

Gina Bovoir, mère de sept enfants et enceinte de son huitième conçus avec plusieurs pères, est assujettie au désir d’enfanter. Telle une droguée qu’aucun palliatif ne parvient à soulager, elle tire de ses grossesses à répétition sa dose de plénitude et de contentement.

Pourtant, l’avenir hypothéqué des enfants de ce foyer ressemble à une partition familière : prison pour l’aîné, drogues dures pour la cadette. Suivent les autres : un garçon à la fois boiteux et bègue, une fille obèse, une enfant au fort strabisme, un petit garçon colérique… Et au milieu de ce portrait baroque, Sharon, affublée du prénom d’une héroïne de série B., 12 ans en cette année 2009, date de l’élection d’un président métis à la Maison-Blanche et du début de la mobilisation sans précédent contre la vie chère en Guadeloupe. Sharon qui rêve de faire un séjour à la Dominique voisine, craint, non sans fondement, l’abandon de sa mère qu’elle supplie de cesser de procréer, comme d’autres jeunes filles réclament une nouvelle paire de jeans.

En face, elle se heurte aux désirs insatiables d’enfantement de Gina. De l’ordre de l’exacerbation et du dérèglement d’une féminité assumée, l’instinct maternel s’affadit aussitôt que sa progéniture aux traits contrastant avec ceux de l’être idéal, articule les premières phrases et débutent ses pas dans cette aventure humaine. Feue la féministe Simone de Beauvoir (homophone de Bovoir) ne s’en indignerait-elle pas ?

L’interrogation superfétatoire du sens des actions du protagoniste taraude néanmoins le lecteur de ce roman saisissant, par le prosaïsme d’une violence sans éclats, mais ô combien destructrice.

Avec Cent vies et des poussières, Gisèle Pineau extrait de l’ombre des femmes souvent pointées du doigt, critiquées pour leurs recours à des pratiques douteuses afin d’obtenir un surplus d’aides sociales. Sous quelle proportion ces assomptions sont-elles vraies dans la mesure où bon nombre de foyers antillais sont monoparentaux ?

Avec la Guadeloupe pour cadre, la plume remarquable de l'auteure laisse supposer que plus de rumeurs que d’études sociologiques affirment que des mères restent célibataires aux yeux des services sociaux pour continuer à percevoir des prestations. D’aucuns s’interrogeront sur un système qui, dans ses failles pernicieuses, encourageraient non pas la construction d’un foyer stable avec l’avènement de personnes épanouies, mais plutôt érigeraient en modèle un foyer monoparental et matrifocal avec son lot d’enfants sacrifiés, sa jeunesse en déshérence et ses adultes souvent marginalisés.



Gisèle Pineau, Cent vies et des poussières, Paris, Mercure de France, 2012, 304p.

Gisèle Pineau, auteure d’une dizaine de romans a reçu de nombreux prix dont le Grand Prix des lectrices de Elle pour La grande drive des esprits. Elle est la marraine du Salon du livre de Pointe-à-Pitre 2012.

 

 

 

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