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Ilojazz, bien plus qu’un festival

#JAZZ_CARAIBE Pour la journée internationale du Jazz, gens de la Caraïbe revient sur le travail important que mène le festival Ilojazz en Guadeloupe.
2012-ILOJAZZ-affiche

Attentifs à la diversification des goûts du public intergénérationnel, mais aussi aux colorations musicales des compositeurs, les organisateurs du festival Ilojazz  développent année après année, un concept rigoureux afin de sensibiliser, initier des publics diversifiés, former et professionnaliser des intervenants dans le domaine artistique et culturel ou encore permettre des rencontres entre professionnels locaux et internationaux.

Cap Excellence s’emploie à décloisonner le jazz afin ne pas faire de cette musique, à l’origine musique de combat,  une chasse-gardée élitiste, comme le pense aussi le militant culturel Luc Michaux-Vignes, témoin de nombreux événements en Guadeloupe. La programmation de l’édition 2012 conforte donc ce festival (né dans la prolongation du Festival des musiques créoles de Pointe-à-Pitre) dans la dimension populaire qu’il s’est fixé. Les programmateurs ont favorisé les échanges directs et participatifs avec le plus grand nombre à travers une large palette de manifestations. C’est bien ici que se loge le sens des actions du festival ciblant tous les publics jusqu’aux plus éloignés de l’offre culturelle.


Toucher toutes les générations

Pour commencer par le bas de l’échelle des âges, les institutions en charge des questions éducatives et culturelles ont été approchées. Ainsi des enfants de classes de CE1 ont rencontré la conteuse Suzy Ronel en plein air sur la plateforme du quartier La Croix pour mêler avec elle livre, lecture et musique sous le regard de Dominique Barcot, agent de médiation pour le réseau de lecture publique et multimédia à Cap Excellence. Un public, formé dès le plus jeune âge dans de bonnes conditions, constituera plus facilement un public averti, affirment certains intervenants de la rencontre organisée entre des spécialistes du jazz, des musiciens, universitaires et des enseignants sur le thème : « le Jazz caribéen … une langue identitaire ? » le 10 décembre 2013 au lycée Carnot.


Une, voire deux générations plus loin, des personnes d’âge mûr ont assisté à un volet d’Ilojazz, celui programmé à l’Université des Antilles et de la Guyane (UAG) en 2011. Beaucoup d’entre elles n’en avaient jamais foulé le sol.  Le responsable de la commission culture de l’UAG, Thierry Césaire tient à ce que des stages, des débats ou encore des plateaux aient lieu dans cette enceinte pour l’ouvrir au grand public. Cette dimension est mise en œuvre lors de chaque édition dans le cadre d’un partenariat avec l’UAG.

 Ouvrir toutes les oreilles, tous les esprits

Au fil des éditions, les organisateurs du festival tiennent à pallier les obstacles d’ordre géographiques, économiques ou sociaux à l’accès à la culture pour le plus grand nombre, et favoriser l’initiation à des pratiques artistiques et culturelles par le biais d’une programmation adaptée à un public éclectique. Les seniors se révélant globalement plus disponibles pour les loisirs, les organisateurs du festival se sont penchés sur les publics dit éloignés. Que ce soit la master classe pour amateurs et professionnels, l’éveil au jazz à destination du très jeune public, le Karaoké Jazz pour amateurs, la restitution de travaux photographiques d’étudiants de l’Université des Antilles et de la Guyane ou encore pour les badauds, des déambulations publiques et l’happening d’un graffeur autour de la réalisation de fresque sur la place de la Victoire, ces opérations finissent par toucher un grand nombre de personnes.


… aller chercher celles, ceux que l’on croit les plus éloignés

Autre type de public : les jeunes en déshérence ou cumulant des problèmes familiaux graves. Avec le projet Photo Et pourtant Elles Parlent ! en 2009, six adolescentes du foyer féminin le Colibri ont bénéficié d’une initiation à la photographie dans le cadre du festival afin de contribuer à améliorer leur confiance en elles, recréer du lien social, initier un apprentissage qui pourrait déboucher sur une formation professionnelle, cela dans le but de favoriser leur insertion dans la société.

Pour cette 4e édition, deux jeunes suivis par la Protection judiciaire de la jeunesse ont participé avec un groupe de collégiens à une master classe à Sonis et ont partagé un moment privilégié avec l’artiste international malien Cheick Tidiane Seck à qui ils ont fait écouter des morceaux de leur composition. Nathalie Cotrie, éducatrice à la Protection judiciaire de la jeunesse affectée à l’Unité éducative d’activités de jour (UEAJ), souligne l’intérêt du partenariat avec Ilojazz depuis 2010. D’une part, beaucoup d’enfants pointois n’ont pas accès aux équipements culturels et redécouvrent ainsi « leur » Pointe-à-Pitre, et d’autre part, ils s’initient aux métiers du spectacle à travers les stages découverte (photographie, montage, son, etc.) qui leur ont été proposés en 2010.



Les éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse par la voix de Christelle Evelinger**, abondent dans la dimension intégratrice de la culture locale pour les jeunes comme moyen de leur renvoyer une image positive et de les rattacher à leur territoire, à l’instar de la pratique du gwoka qui peut restaurer l’estime de soi et le jazz, renouveler un intérêt pour l’autre. À l’avenir, selon Nathalie Cotrie, il faudra mettre l’accent sur les stages découverte et les rencontres avec des artistes internationaux en privilégiant des déplacements vers ces jeunes.

Pour continuer sur ce chemin tracé, un budget dévolu à la culture pour cette Unité éducative d’activités de jour de la Protection judiciaire de la jeunesse depuis 2012 permettra désormais au-delà d’Ilojazz d’accompagner les jeunes ayant des compétences, une curiosité artistiques ou souffrant d’une carence en offres culturelles.


Pas de musique sans musiciens

Pour que la musique vibre, les musiciens doivent pouvoir vivre de leur pratique et idéalement s’épanouir si le festival espère voir changer le comportement des auditeurs, trop habitués à la gratuité des biens culturels notamment films et musiques téléchargeables, privant tout le secteur du disque de rentrées pécuniaires. En ce sens, un autre aspect du festival vise à accompagner et soutenir les vocations des musiciens. Des actions autour du festival ont ciblé les artistes en herbe mais aussi les professionnels en devenir. Une journée de rencontres professionnelles coordonnée par le pôle spectacle du Pôle emploi et la structure Kolimel a remplacé l’opération de speed meeting menée lors des éditions 2010 et 2011.

Marc Prévost, responsable du nouveau Pôle emploi culture-spectacle de Guadeloupe et Swanha Desvarieux* fondatrice et responsable de la structure Kolimel ont privilégié une double articulation : les présentations succinctes de structures en lien avec le secteur culturel et les échanges individuels directs. En tant que partenaire régulier du festival Ilojazz, Kolimel décroche des contrats pour les intermittents du spectacle comme techniciens ou autres durant l’événement. Cette structure accompagne depuis 2002, les personnes qui souhaitent vivre des métiers de l’art par un travail d’information, de formations diplomantes, que ce soit dans le champ technique, administratif ou artistique.  Swanha Desvarieux travaille avec la ville des Abymes et particulièrement avec la cellule « Insertion par la culture » créée en 2007 et dirigée par Joël Coco-Viloin, très présent sur le terrain. Cependant, le nombre de candidats dépasse les capacités d’absorption de ces deux structures victimes de leur succès et du besoin en la matière pour notamment leur transmettre une vision lucide de ces métiers, de la réalité des parcours professionnels  où ils devront alterner en permanence périodes d’emploi, périodes de chômage, périodes de formation, tant il est vrai que les métiers artistiques, techniques et administratifs de la culture nécessitent une mise à jour régulière des compétences.  Emportés par la passion du métier, seront-ils prêts à être en recherche permanente d’une mission, sans certitude du lendemain?


Enfin, au regard de l’ensemble de ce paysage, Jocelyne Daril, directrice des Actions & Politiques culturelles de Cap Excellence, estime que pour obtenir des résultats tangibles, il est impératif de ne pas se contenter de faire de l’animation du territoire et qu’il faut tendre avec toujours plus de conviction et d’effort vers une démocratisation de l’accès à la culture, et la concevoir comme « moteur du développement territorial ». C’est le parti pris adopté par les villes de Pointe-à-Pitre et Abymes, pour qui l’effort et l’investissement, consentis aujourd’hui, fabriqueront le public guadeloupéen de demain.



*Swanha Desvarieux, directrice de Kolimel, formatrice et chargée de parcours en ingénierie d’insertion
**Christelle Evelinger, responsable des politiques institutionnelles, Direction territoriale de la protection judiciaire de la jeunesse (DTPJJ) Guadeloupe


La rédaction de cet article, commandé à Gens de la Caraïbe-Guadeloupe par Cap Excellence. Ce travail d'enquête avec la collaboration de la Maison des Suds fait partie des actions menées par Gens de la Caraïbe-Guadeloupe dans le cadre du projet KAMACUKA, co-financé par le programme INTERREG IV C.

 

 

Autres liens
> Ilojazz par Cap Excellence
Autres festivals avec qui Ilojazz travaille dans le cadre du REZO
> Cayenne Jazz festival> Jazz in the South (St Lucia)
> Martinique Jazz festival

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