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Musée de l’esclavage en Guadeloupe - ACTe 1 : la première pierre - ACTe 2 : le projet consolidé

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C’est lors de la commémoration du 150ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage en 1998 que l’idée d’un musée de l’esclavage germe dans la tête de Luc Reinette, partisan de réparations dues au titre de l’esclavage. Dix années plus tard, la première pierre du Mémorial ACTe est solennellement et institutionnellement posée, mais avec quelles intentions ? Les réponses ont été énoncées lors d’un colloque international en novembre 2012 en Guadeloupe. Elles seront à l’opposé du concept de réparations matérielles.
(image : maquette du Mémorial ACTe)



Le 27 mai 2008, Victorin Lurel, président de Région de l’époque et actuel ministre des Outre-mer posait, sur les rythmes du gwoka et d’Akiyo à Pointe-à-Pitre, la première pierre du Mémorial ACTe, centre caribéen d’expression et de mémoire de la traite et de l’esclavage. Un geste symbolique qui engage une administration, des budgets bouclés (coût estimé 45 millions d’euros), un projet validé. Une simulation vidéo en 3 D qui circule sur Internet en présentait déjà l’architecture en 2008. Cependant, ce n’est qu’en avril 2013 que les travaux sont annoncés sur le site de l’ancienne usine sucrière de Darboussier. Que s’est-il donc passé de 2008 à 2013?

2012-acte-region-971-250Le colloque international du mémorial ACTe des 20 et 21 novembre 2012 apportait une lumière plus précise sur les fondements de ce lieu de mémoire nécessaire, au plan régional et même mondial, dédié à la traite négrière, à l’esclavage. Il se décline à travers : le renouvellement artistique; l’information; la connaissance, ainsi que la recherche historique.

Pour nourrir ce projet, la région Guadeloupe a choisi et chargé de la conception programmatique le cabinet d'ingénierie culturelle BICFL.


Sur le plan conceptuel, Simon Njami, connu comme commissaire d’exposition dans les milieux francophones internationaux, mandaté par le BICFL et intervenant au colloque, combat l’essentialisme qui viserait à croire au déterminisme des individus selon leur passé, leur filiation, leurs origines. En ce sens, l’identité s’entend dans son acception de fluidité, de transformation. Féru de philosophie et de psychanalyse, Simon Njami souhaite montrer grâce à l'art, la capacité de dépassement du traumatisme lié à l’esclavage, à la colonisation, et non faire le procès de cette période. À notre niveau, pense le fondateur de la Revue noire, « l’urgence se situe donc dans notre disposition à fabriquer une mémoire qui transcende un passé douloureux pour avancer ». « Quand on a été cassé, il faut se reconstruire », suggère-t-il. Cela découle donc d’une démarche à la fois personnelle et collective débarrassée pour certains, de l’attente d’une réparation qui retarderait sans doute le temps de la reconstruction ; et peut-être celui de la construction du Mémorial ACTe, tant la question des réparations prônées par le Comité des peuples noirs (CIPN) fondé par Luc Reinette, est sujette à polémique.

La Région a tranché. Elle misera donc sur la création contemporaine pour réconcilier les mémoires. Simon Njami porte avec deux autres commissaires, la responsabilité du choix artistique d’œuvres originales sur l'esclavage d'une vingtaine d'artistes de toute la Caraïbe qui seront dans le cadre d’une exposition permanente, présentées au public dès l’ouverture du Mémorial ACTe.

En réponse à l’inquiétude exprimée par des artistes guadeloupéens présents au colloque de novembre quant à leur participation et leur place au sein d’un dispositif qui semble mobiliser d’importants moyens financiers, matériels et humains, Simon Njami, précisait qu’un espace spécifique serait consacré aux artistes de la Guadeloupe. 


memorial-acte-simulation1En tant que lieu de résidence d'artistes, une partie de l’espace muséal devrait être consacrée à la création, puisqu’il s’agira de favoriser les conditions d’une expression artistique contemporaine renouvelée de l’esclavage passé et présent. Ainsi, des expositions temporaires viendront ponctuer la vie du musée. En outre, ce futur Mémorial inaugurera le premier musée de la région pourvu d'équipements professionnels (son, espace, température, etc.).


Toutefois, sans vouloir affadir cette aspiration, le grand défi se loge dans l’appropriation d’un tel lieu par le public, qu’il soit guadeloupéen, caribéen ou international. Les conditions seront réunies assure Simon Njami pour que ce lieu reflète « l’âme » de la Guadeloupe mais également celle de l’humanité, et résiste ainsi aux ondes sismiques de la polémique. Bien que les ondes soient par nature, des événements imprévisibles... Ainsi, les changements de majorité à la Région ont à plusieurs reprises sonné le glas de projets ambitieux. Dans le secteur culturel, on se souvient de l’abandon du projet audacieux de la Maison des civilisations et de l'unité réunionnaise (MCUR) à Saint-Paul (Ile de La Réunion) lors de la défaite de Paul Vergès à la tête de la région en 2010. La MCUR n'avait cependant pas acquis le soutien populaire fervent dont a bénéficié en Guadeloupe le projet du Mémorial ACTe comme en témoignait la cérémonie officielle de la première pierre le 27 mai 2008.

Le Mémorial ACTe aura donc pris plusieurs années (imprévues) de gestation, partant d’une idée née à l’époque vivifiante du 150ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, une époque où les descendants d’Africains déportés commençaient à s’emparer de leur histoire, faire parler des archives, organiser des reconstitutions et surtout questionner leur place dans la société française à l’aune de ces faits historiques. En parallèle, l’idée de la réparation n’a jamais été absente des débats, ni de la tête de celui qui a eu l’idée de ce Mémorial. Seulement, une idée ne fait pas un projet, et ce projet de Mémorial, après s’être longuement interrogé, s’est ouvertement positionné en novembre 2012 contre toute idée de compensation ou de dédommagement mais invite, cependant, par la grande porte l’art contemporain qui pourra relayer à sa guise, l’évolution du débat sur la question des conséquences de l’esclavage et, qui sait, réparations sous d’autres formes que pécuniaires.

 

Ayelevi Novivor et Karole Gizolme








> Simon Njami est commissaire d’exposition du Mémorial ACTe, fondateur de la Revue Noire, dédiée à l’art contemporain.



> Le cabinet BICFL est dirigé par de Jean-Loup Pivin et Bruno Airaud


> L'anthropologue Thierry L'Étang est chef de projet du Mémorial ACTe, il aura en charge le contenu historique et scientifique du Centre, pour le cabinet BICFL



> Images et entretiens autour de la cérémonie de pose de la première pierre du Mémorial en 2008 sur le blog  Le petit lexique colonial de Gilda Gonfier. Ici


> Programme de la cérémonie du 27 mai 2008.

> Le 27 mai est l'anniversaire de la 2nde abolition de l'esclavage dans les colonies françaises. En 2008, il s’agissait de la 160ème année.





> Sur la question des réparations, l'auteur Patrick Chamoiseau prend parole, avec des formes poétiques, lire ici

Autres liens :



> International Slavery Museum à Liverpool

> Le programme Eurescl rassemble des travaux de chercheurs sur la traite négrière et l'esclavage, leurs abolitions et les héritages dans la construction des sociétés européennes. Outils pédagogiques à destination des enseignants disponibles. Ici

> Mémorial de l'abolition de l'esclavage de Nantes inauguré en 2012

> CIRESC

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