Recevoir nos informations

S'abonner

Inscription à la Lettre d'informations culturelles caribéenne « Ici et là-bas » mais à des listes concernant des créations/actualités culturelles par territoire
Hasta pronto! Adan an dòt soley

JE SOUTIENS GENS DE LA CARAIBE !

Entretien avec une Guadeloupéenne de Pondichéry

christelle gourdine.2013

1854-2014 - La Guadeloupe et la Martinique marquent le 160ème anniversaire de l'arrivée des Indiens dans ces deux colonies 6 ans après la fin de l'esclavage dans les territoires français.

À l'occasion de cet anniversaire et en ce début du mois de mai rythmé par les commémorations liées à l'abolition de l'esclavage, Gens de la Caraïbe publie un entretien qu'a rapporté Anne Lescot de son récent séjour en Inde.

En compagnie de Christelle Gourdine, née en Guadeloupe avec des arrières grands-parents venus d'Inde, nous partageons le petit bout de vie de cette jeune femme, partie en touriste à Pondichéry sur la trace de ses ancêtres et y restera. En adossant le nom de son époux indien au sien, Christelle a choisi de s'installer à Pondichéry, de continuer son travail de recherches généalogiques jusqu'à en faire un service à disposition de ses compatriotes de la Caraïbe en quête de leurs racines.



Originaire de Guadeloupe, comment vous êtes-vous retrouvée en Inde, à Pondichéry ?
J’étais venue plusieurs fois en Inde en touriste pour connaître mes racines et j’ai eu envie d’y travailler, d’y passer plus de temps pour mieux connaître ma culture d’origine.
J’avais besoin de retourner à la source, d’apprendre à vivre comme vivent les Indiens, à travailler avec eux.


Quelle est cette source ?
Ma famille a quitté l’Inde à la 2ème moitié du XIXe siècle avec plus de 40 000 autres pour travailler en Guadeloupe. Ils venaient du sud de l’Inde (Pays Tamoul) et des Plaines du Gange.
J’ai fait des recherches généalogiques qui ont confirmé mes origines : j’ai, entre autres, pu identifier un arrière-arrière-grand-père, Moutou, venu de Madras qui s’est marié avec Soupraya Racquy venue de Calcutta. J’ai d’autres membres de ma famille dont je n’ai pas le lieu d’origine mais on a pu identifier qu’ils étaient hindiphones.


Comment parlait-on des origines indiennes dans votre famille ?
C’est surtout mon père qui parlait beaucoup de sa grand-mère maternelle originaire du Nord. Elle était arrivée très jeune et était proche d’autres familles parlant hindi, tandis que ma mère parlait surtout des rituels hindous pratiqués dans sa famille.
Les migrants étaient essentiellement des agriculteurs, des personnes fuyants la famine ou des personnes qui voulaient profiter de la « ruée  vers l’or ». Ils croyaient à un Eldorado, du moins c’était ce qui était présenté aux Indiens pour les attirer.

DSCF3332Poursuivez-vous vos recherches généalogiques?
Oui au niveau personnel mais aussi pour d’autres avec Meet Your Roots qui est un des programmes de Zen Development Services, la société que j’ai créée et développée avec mon mari Muruganandam qui est de Pondichéry.

A travers ce programme nous aidons les gens à remonter vers leurs origines. C’est très complexe et on ne doit pas se limiter à la lignée paternelle. Cela permet de savoir d’où ils venaient précisément, au niveau de la région, mais ce n’est pas toujours évident.
On propose aussi à des individuels ou à des groupes de venir en Inde pour visiter, se réapproprier cette partie de leur culture et rendre hommage aux ancêtres.

Justement, pourquoi et comment rendre hommage ?
Les Indiens ont énormément souffert durant la traversée. Arrivés en Guadeloupe ce n’était pas ce qu’on leur avait promis. Beaucoup n’ont pas pu rentrer et l’intégration sur place a été difficile.
Pour autant, chaque génération a essayé de construire une vie malgré les embûches. C’est important aussi de rendre hommage car ça nous libère, nous, du poids de leur douleur et ça nous permet d’avancer sans nous sentir victime.



Est-ce la raison pour laquelle, vous, vous êtes très sensible à Pondicherry et au mémorial  de « la route de l’Esclave et de l’Engagé » que la ville abrite ?
Ce mémorial est un projet UNESCO réunionnais lié au projet de la Route de l’Esclave et de l’Engagé.
Le monument a été pensé par la Réunion et exécuté par un artiste indien, Mohammed Siraj. En janvier 2010, j’ai assisté à son inauguration, là où il a été installé, dans les jardins de l’université de Pondichéry. Il y avait près de 300 Réunionnais venus spécialement, c’était très émouvant. Il existe un autre mémorial à Calcutta (dans le nord de l’Inde), qui a été inauguré en janvier 2011 à l’initiative de l’historienne indo-mauricienne Leela Sarup.
Nous y sommes retournés récemment et je suis toujours aussi touchée par l’endroit.

Est-ce que ces sites sont visités ?
Avec Meet your Roots, nous organisons des visites mais on ne peut pas y aller comme cela, ce sont des lieux privés et à Calcutta il faut une autorisation gouvernementale.

Les Indiens se sentent-ils concernés ?
Il y a un poète activiste tamoul, Bharathi,  qui a trouvé refuge à Pondichéry en 1908, qui a écrit un poème sur les Indiens partis aux îles Fidji.
 Cela montre que ce sujet était connu à l’époque. Quand on parle ici, les Indiens sont intéressés par cette histoire, ce qui n’est pas étonnant, car il s’agit de leur histoire aussi. 
Ces milliers d’émigrés ont laissé des familles, certains sont revenus et ont raconté ce qu’ils ont vécu, mais il n’y a pas de traces. 

Avec Muruganandam, nous voulons redonner vie à cette page de l’histoire de l’Inde et de la France. Nous avons créé à cet effet l’association Souvenirs des Indes et d’ici peu, nous démarrerons des projets pour aller dans ce sens.

Avez-vous des projets de voyages à destination des indo-antillais ?
Généralement la période d’hiver ainsi que le mois d’août sont assez propices pour organiser ces voyages.
Nous proposons des voyages classiques et d’autres sur-mesure tout au long de l’année et un voyage annuel en août.
Avec un nombre important de descendants d’Indiens, que ce soit dans la Caraïbe ou dans l’Océan Indien, nous sommes convaincus que ces séjours peuvent accompagner positivement celles et ceux en quêtes de leurs racines.

Interview de Christelle Gourdine-Mandjiny par Anne Lescot
22/12/13

 


Références :

http://www.meetyourroots.fr
http://zenconsultingindia.com

Roman sur le sujet :   La panse du chacal de Raphaël Confiant (Mercure de France, 2004) qui raconte le départ d'une famille pauvre de l'Inde vers la Martinique.
Entretien sur le site Indereunion.net 




DSCF3346-1000

Share